Château de Valencay 2/5

Architecture

Le plan général est de composition Renaissance avec le château précédé, au Nord, par une cour et une avant-cour quasi circulaire. L’entrée monumentale comporte une maison de gardien.

Des deux grands corps de bâtiments terminés par des pavillons du côté Sud seule la structure subsiste.

L’architecture extérieure montre les trois ordres classiques se superposant sur les pilastres : ordre dorique au rez-de-chaussée, ordre ionique au premier étage et ordre corinthien au second. Une galerie, longue de près de 80 mètres, court tout le long du premier étage et dessert les appartements.

Les communs datant de la fin du xviiie siècle, sont en style néo-classique et comportent la ferme, des bâtiments dans la basse-cour, dont la forge. Les écuries disposées en rotonde ont été agrandies entre 1809 et 1811 avec un pédiluve et un abreuvoir dit « fontaine d’Apollon ». La vénerie date de la fin du xixe siècle.

Vers 1808-1811 un théâtre à l’Italienne de 200 places, décoré « à l’Antique », fut aménagé dans les communs afin de divertir les princes d’Espagne.

Les divers salons et chambres à coucher de l’immense demeure (100 pièces dont 25 appartements de maîtres) abritent un somptueux mobilier, principalement d’époque Empire; un de ses nombreux intérêts est qu’elle conserve du mobilier dans les pièces ouvertes au public, en dépit des ventes successorales la fin du XIXème siècle. Jusqu’à cette époque le château conservait des tableaux de maîtres anciens et une importante bibliothèque; une lettre de onze pages datée du 23 août 1828 adressée à Talleyrand contenant l’inventaire des livres de sa bibliothèque envoyés à Valençay, et le « Catalogue des livres envoyés à Valençay en 1819 » (manuscrit de 8 pages), ont été vendus aux enchères à Paris le 3 mars 2010.

Témoignages

« J’ai beaucoup aimé ce beau lieu et m’y suis toujours retrouvée avec un nouveau plaisir. Depuis vingt ans que j’y reviens j’ai vu le pays s’enrichir et (ai) vécu dans ce château avec des gens d’esprit de tous les pays et de toutes les conditions. J’y ai entendu causer avec une urbanité, un bon goût devenus bien rares aujourd’hui (…) Comment ne pas me sentir émue au nom de Valençay ? » Dorothée, duchesse de Dino et de Talleyrand.

« Ce lieu est l’un des plus beaux de la terre et aucun roi ne possède un parc plus pittoresque ». George Sand.

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Château de Valencay 1/5

 

Le château de Valençay se trouve à Valençay, en Indre (France). Il fut la propriété de la Maison d’Estampes de 1451 à 1747, puis du prince de Talleyrand.

Bien que situé dans le Berry, sa construction l’apparente aux châteaux de la Loire, en particulier au château de Chambord.

Le parc est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 25 mars 1992. Le château ainsi que divers éléments du domaine sont classés au titre des monuments historiques depuis le . La totalité du pavillon dit de la Garenne et de ses dépendances sont inscrits par arrêté du 8 août 2013.

Historique

La villa gallo-romaine de Valenciacus (domaine de Valans) précéda un premier « lourd et massif donjon de pierre » édifié à la fin du xe siècle ou au début du xie siècle;

Le premier seigneur connu par une charte de donation datable entre 1026 et 1047 est Bertrand.

En 1220, Gauthier, dit seigneur de Valençay, passe pour avoir été le constructeur du premier château féodal.

En 1268, par son mariage avec Jean, bâtard de Châlon, sa descendante Alice de Bourgogne transmet cette très importante seigneurie, fief du duc d’Orléans, comte de Blois, à la maison de Châlon-Tonnerre.

En 1410, Charles d’Orléans accorde une diminution d’impôts « aux manans et habitants de Valençay » réduits à la misère par les épidémies, le passage et le logement des troupes.

En 1451, la seigneurie de Valencay entre dans la Maison d’Estampes en passant à Robert II d’Estampes (+ 1453), seigneur de Salbris et de la Ferté-Imbault (où se trouve le château de la Ferté-Imbault, autre propriété de la Maison d’Estampes), en Sologne, chambellan de Charles VII, maréchal et sénéchal de Bourbonnais.

Un château de la Maison d’Estampes

Louis d’Estampes (vers 1470 + 1530), gouverneur et bailli de Blois (1519), chevalier de l’ordre du Roi, marié avec une fille du seigneur de Cheverny (1512), débute en 1520 la transformation du manoir féodal de Valençay datant du xiie siècle en château moderne. Ces travaux d’embellissement et d’agrandissement se poursuivront, de génération en génération, jusqu’en 1650.

Vers 1540, Jacques Ier d’Estampes (1518 + 1574), époux de Jeanne Bernard, dame d’Estiau, riche héritière angevine, engage des travaux plus ambitieux que ceux de son père, faisant raser le vieux manoir pour le remplacer par une nouvelle résidence, dont les plans sont attribuables à l’architecte Jean de l’Espine. À la mort de ce seigneur de Valençay, seuls sont achevés la façade Nord, le pavillon d’entrée et les tours d’angle.

Les travaux ne sont repris à grande échelle que dans la première moitié du xviie siècle, de 1640 à 1650, par Dominique d’Estampes (1600 + 1691), 2e marquis de Valençay, marquis d’Applaincourt et de Fiennes (1643), député de la noblesse du Berry (1649). Marié en 1641 à une Montmorency, sœur du Maréchal duc de Luxembourg, il est neveu de Léonor d’Estampes, archevêque duc de Reims et d’Achille, cardinal de Valençay, général des galères de l’ordre de Malte.

L’aile Ouest a été détruite, il n’en reste que l’aile Est. La décoration aurait été confiée à Pierre de Cortone et au peintre Jean Mosnier.

La demeure avait un beau vestibule et un escalier en marbre qui conduisait à une grande salle ornée de chefs-d’œuvre de la Renaissance, en particulier une « magnifique tapisserie à fond de paysage » offerte à Henri Dominique d’Estampes (vers 1645 + 1680), marquis de Fiennes, fils aîné de Dominique, et une vierge italienne donnée par le Pape Innocent X à Henri d’Estampes (1603 + 1678), frère cadet de Dominique, ambassadeur de France à Rome puis Grand Prieur de France de l’ordre de Malte.

Une visiteuse du soir

En 1653, Mlle de Montpensier, dite « la Grande Mademoiselle », y passe et l’évoque ainsi dans ses Mémoires :

« « J’y arrivais aux flambeaux : je crus entrer dans une demeure enchantée. Il y a un corps de logis le plus beau et le plus magnifique du monde (…) Le degré (escalier) y est très beau et on y arrive par une galerie à arcades qui a du magnifique (…) L’appartement correspond bien à la beauté du degré par les embellissements et meubles »5. »

Le château de Valençay, fierté de la Maison d’Estampes, est aussi source de prodigieuses dépenses et engloutit la fortune de ses propriétaires.

Au commencement du xviiie siècle, le grand domaine se trouve divisé par les successions familiales et la veuve presque ruinée de François-Henri d’Estampes (+ 1711), 4e marquis de Valençay, en cède la moitié en 1719 à l’agioteur John Law, vente qui sera annulée par arrêt du Conseil du Roi en 1722.

Les grands travaux du fermier général

En juillet 1747, Valençay est cédé par les d’Estampes, avec 20 000 hectares, à Jacques-Louis Chaumont de La Millière, pour 400 000 Livres, somme très modeste pour une telle propriété. Vingt ans plus tard, la propriété est revendue avec une forte plus-value à Philippe Legendre de Villemorien, fermier général, qui y fait réaliser d’importants travaux : réparation, construction de la « Tour Neuve » au Sud, démolition des communs fermant la cour d’honneur à l’Est, suppression des fenêtres à la Française et du toit « à la Mansard ».

Il y crée une filature, plusieurs forges, fait rétablir les ponts sur le Nahon, et refaire la route de Selles-sur-Cher.

Ces forges se trouvaient à Luçay-le-Mâle, « annexe à la seigneurie de Valençay (…) le château de Lucay parait être de la même époque que celui de Valençay : sa position est très belle, il domine la forge, l’étang qui l’alimente, le bourg de Luçay et des ravins pittoresques »7 ».

Sous la Terreur, son fils, le comte Jean-Baptiste Legendre de Luçay, échappe de peu à la guillotine en se cachant trois jours et trois nuits dans la forêt de Garsenland. Arrêté, il fut acquitté grâce à son épouse en qualité « d’entrepreneur de travaux utiles à la République ».

La « maison de campagne » de Talleyrand

En 1803, le comte de Luçay, préfet des Palais Consulaires mais à court d’argent, vend pour 1,6 million de francs l’énorme domaine de 12 000 hectares répartis sur 23 communes à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ex-évêque d’Autun, ministre des Relations Extérieures du Consulat, obéissant ainsi à Bonaparte – qui contribua à l’achat – suivant cet ordre :

« Je veux que vous ayez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique, les étrangers marquants… »

Après y être venu avec son épouse Catherine Worlée, Talleyrand chargea Jean-Augustin Renard de restaurer et d’embellir sa nouvelle propriété; un pavillon de chasse fut alors aménagé et le parc transformé en parc à l’anglaise; le château est remeublé dans le style antiquisant alors en vogue ; le cabinet de travail abrite aujourd’hui des meubles et objets lui ayant appartenu dont un curieux fauteuil dit « à soufflets » (poches latérales). Le mobilier de sa chambre provient de son hôtel parisien de la rue Saint-Florentin.

Le lit de style Directoire acquis par Talleyrand en souvenir de Mme de Staël a donné son nom à une autre chambre.

En 1902 le dernier duc de Talleyrand-Valençay fit fermer par des portes-fenêtres la galerie à arcades de la cour d’honneur, où se trouvent les portraits en pied de plusieurs ancêtres de Talleyrand, peints en 1810 par le peintre Joseph Chabord (1786-1848), élève de Regnault, auteur de deux portraits équestres de Napoléon.

Le célèbre cuisinier Marie-Antoine Carême, « chef de bouche » de Talleyrand, séjourna au château presque chaque année.

Une cage dorée pour princes déchus.

De 1808 à décembre 1813, Ferdinand VII d’Espagne, son frère don Carlos, son oncle don Antonio et une suite nombreuse y furent assignés à résidence sous la surveillance du chevalier Berthemy.

Le traité de Valençay, qui y fut signé dans la nuit du 10 au 11 décembre 1813, lui rendit alors la couronne d’Espagne et les trois princes retournèrent dans leur pays le 12 mars 1814.

Leur souvenir est évoqué par « la chambre du Roi d’Espagne », une allée couverte près du château, et un acte de baptême daté du 23 juin 1810 gardé dans les archives paroissiales qui porte leurs signatures et, jusqu’à une date imprécise du xixe siècle, dans l’église paroissiale par un Saint-Ferdinand de l’école espagnole dans un cadre aux armes de Castille et de Leon, donné par le roi au curé lors de son départ mais qui, brûlé par un cierge placé trop près, fut ensuite remplacé par une copie du peintre Jobbé-Duval.

Le bienfaiteur de Valençay

Talleyrand, qui revint y vivre à partir de 1816, fut conseiller municipal puis maire de Valencay. Il reconstitua la filature – qui fournissait les usines de Châteauroux, d’Issoudun et la maison Seillière à Paris, et obtint une médaille à l’Exposition de Paris de 1819 – fit ériger le clocher de l’église en 1836, créa un nouveau cimetière et donna un terrain pour édifier la mairie.

« Il n’y a ni mendiants ni individus absolument nécessiteux à Valencay, écrivait le 14 décembre 1825 le préfet de l’Indre au ministre de l’Intérieur, parce que M. de Talleyrand a établi des ateliers où il y a du travail pour tous les âges. Ceux que la maladie atteint sont visités, secourus, consolés par les Sœurs de charité qu’il a dotées et fixées dans cette petite ville ».

En 1818, ayant morcelé une propriété dont une partie revint à la commune, il consacra l’autre à la fondation d’une école pour enfants pauvres et offrit à sainte Elisabeth Bichier des Ages, dont il connaissait l’œuvre par son oncle Talleyrand, cardinal-archevêque de Paris, d’y fonder une maison, achevée avec une chapelle en 1820. Celle-ci était ornée de lambris, d’un mobilier de chêne sculpté, de vitraux, d’une Fuite en Égypte attribuée à Le Sueur – détruite par l’incendie du 18 août 1944 – et d’un calice en vermeil ciselé et incrusté de lapis, don du pape Pie VI à un prince Poniatowski archevêque de Cracovie, offert avant 1834 par une de ses nièces qui vécut à Valençay et y fut inhumée, qui fut rendu en 1905 au duc de Valençay, et finalement transmis au musée du Louvre.

En 1826 Prosper de Barante s’émerveille de Valençay, « grand château où tout est magnifiquement hospitalier, où règne une richesse aristocratiquement dépensée, dont il n’y a pas encore un autre exemple en France » (cité par H. Grandsart dans Valençay, hors-série de « Connaissance des Arts », 2003, pp 24 et 25).

Talleyrand, qui s’intéressait au travail des religieuses, visitait souvent ce qu’on appelait « la Maison de Charité », et y menait ses hôtes, dont Mgr de Villèle, archevêque de Bourges, et, le 26 octobre 1834, le duc d’Orléans et une nombreuse suite.

Par un codicille à son testament du 9 mars 1837, Talleyrand, qui mourut un an après, assura la perpétuité de l’établissement, et exprima la volonté d’y être inhumé et à cet effet fit creuser une grande crypte sous le chœur de la chapelle de l’école libre.

Des présents de Louis-Philippe Ier

« « Le Roi fait faire pour Valençay le portrait en pied de François Ier qui a bâti le château, et un autre de la Grande Mademoiselle, qui y est venue et l’a loué dans ses mémoires (il) envoie aussi à M. de Talleyrand le fauteuil qui servait à rouler Louis XVIII et il nous a fait dire par Madame que s’il allait à Bordeaux, il passerait ici ». »

L’héritage du Diable Boiteux.

Talleyrand n’ayant pas de fils légitime connu, en 1829 Charles X créa le titre de duc de Valençay pour son petit-neveu Napoléon-Louis (1811-1898), 3e duc de Talleyrand, fils de la duchesse de Dino (titre créé en 1815 pour Talleyrand par Ferdinand 1er des Deux-Siciles, puis reconnu en 1817 avec la pairie par Louis XVIII), époux d’Anne Louise Alice de Montmorency, qui lui donna quatre enfants mais dont il se sépara ; devenu veuf, il se remaria En 1845 sa mère, devenue par arrangement familial duchesse de Sagan, repartit vivre dans cette principauté et ne vint plus que rarement à Valençay; le 3ème duc de Talleyrand fut inhumé auprès d’elle à Sagan.

A partir de 1856 il employa l’architecte local Alfred Dauvergne pour des travaux au château qui furent poursuivis ensuite par son fils ; vers 1860 les frères Buhler travaillèrent au parc; ils seront suivis en 1906 par la création de parterres « à la Française » avec sculptures « de goût versaillais » à l’entrée d’honneur, par Edouard André.

En 1831, lors de la restauration de l’église, sa mère Dorothée de Courlande et de Sémigalle, épouse du duc de Dino et de Talleyrand, offrit une grande verrière portant ses armes familiales et d’alliance accompagnées des devises des Talleyrand-Périgord: Re que Diou (Rien que (de) Dieu) et Spero Lucem (J’espère la lumière), que l’on voit gravée suite aux mots In tenebro (Dans les ténèbres) sur les façades de certaines maisons d’origine huguenotes en Poitou-Charentes.

Le 4 septembre 1838, à 10 heures du soir, le duc de Valençay, ayant été autorisé par Louis-Philippe Ier à les inhumer dans la crypte, reçut dans la cour d’honneur trois cercueils acheminés de Paris deux jours plus tôt : ceux de son grand’oncle, de son frère cadet Archambault-Joseph (1762-1838), lieutenant général des armées du roi, mort un mois avant lui, et de sa fille Marie-Pauline-Yolande de Périgord (1833-1836), qui furent ensuite portés dans le bourg « escortés de gardes-chasses, des piqueurs et des gens de service tous portant des torches »; ils furent déposés dans l’église, et la cérémonie officielle eut lieu le lendemain.

Y furent ensuite également ensevelis :

  • en octobre 1840, Charlotte-Dorothée de Talleyrand-Périgord, morte à quelques semaines ;
  • en 1905, la duchesse de Talleyrand et de Sagan, née Anne-Alexandrine-Jeanne-Marguerite Seillière,
  • en 1910, son époux Charles-Guillaume-Frédéric-Marie-Boson, prince de Sagan en 1845, puis en 1898 4e duc de Sagan-Talleyrand, père d’Hélie de Talleyrand-Périgord et de Boson de Talleyrand-Périgord (1867-1952).

En 1883 Napoléon-Louis de Talleyrand-Périgord, duc de Sagan et de Valençay, et son épouse, née Rachel Elisabeth Pauline de Castellane, offrirent un vitrail armorié à l’église.

Leur petit-fils, Paul-Louis-Marie-Archambaut-Boson (1867-1952), connu par son dernier prénom, était également prince de Sagan, principauté située aujourd’hui en Pologne, mais qui avant la Seconde Guerre mondiale faisait partie de la Silésie prussienne. Il repose, avec sa troisième épouse, née Marie-Antoinette Morel, dans la crypte où se trouve également la dépouille de Talleyrand. Selon Waresquiel, jusqu’en 1930 une vitre placée sur le cercueil laissait voir le visage momifié de Talleyrand; alors que l’entrée de la crypte de la chapelle devenue funéraire était entièrement libre en 1953, cet édifice, demeuré propriété de Jean Morel, beau-fils et héritier du dernier duc, fut longtemps fermée. Celui-ci ayant signé une convention avec les collectivités locales, après des travaux menés en 2009, la crypte a été rouverte et, le 22 mai 2010, lors d’une cérémonie à laquelle assistaient les descendants (sic) de Talleyrand « la noire et sobre sépulture », sarcophage placé il y a 172 ans dans un enfeu, a été remontée dans la chapelle Notre-Dame.

Dépôt d’œuvres du patrimoine national

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le château devient un des dépôts secrets des œuvres du musée du Louvre, dont la statuaire antique (notamment la Victoire de Samothrace, et la Vénus de Milo) ainsi que le Cabinet des Dessins et les joyaux de la Couronne.

Il échappe de peu à la destruction le , jour où la 2e division SS Das Reich investit la ville en représailles au meurtre, par des maquisards, de deux soldats allemands en lisière de la forêt entourant le château. Le duc de Talleyrand, se prévalant de son titre allemand de duc de Sagan, et surtout Gérald Van der Kemp, futur conservateur en chef de Versailles, parlementent avec les Allemands afin qu’ils épargnent le château et son contenu artistique irremplaçable, ce à quoi ils parviennent.

Sans descendance directe le dernier duc Boson légua son patrimoine à son beau-fils Jean Morel, qui en 1979 céda le château et son parc immédiat à une association de gestion regroupant le département de l’Indre, la commune de Valençay le Crédit agricole de l’Indre et la caisse de Réassurance agricole de l’Indre. En 1996, la gestion culturelle du château a été confiée à la société Culture Espaces.

L’ancienne orangerie (1785) a longtemps abrité un musée Talleyrand aujourd’hui disparu, les objets et meubles ayant été réinstallés au château. Parallèlement, l’ancien manège, où Boson de Talleyrand-Valençay stationnait son avion personnel, a accueilli un musée de l’automobile. Le manège a été démonté pour être remplacé par le Grand Labyrinthe de Napoléon et le musée de l’automobile est désormais situé avenue de la Résistance, dans un ancien supermarché situé près de la gare de Valençay sur des terrains donnés par les Talleyrand.

En 1899 une indivision successorale entraîna la vente des collections à Paris, suivie en 1901 de la mise en adjudication du château et du domaine, qui purent être rachetés par le fils cadet, Boson de Talleyrand, ainsi qu’une partie de mobilier, dont « les portraits en pied des ancêtres »; suivirent des aménagements et décorations de certaines pièces (création des actuels Grand Salon et Salon Bleu). En 1907 arrivèrent en plus à Valençay, par achat à la vente après-décès de la duchesse, d’œuvres provenant de l’hôtel de Sagan (ou de Monaco), rue Saint-Dominique à Paris (H. Gransdart op.cit. pp 29 et 30).

Par ailleurs de nombreux livres provenant de la bibliothèque de Valençay, acquis avant 1935 par le comte Moïse de Camondo, sont conservés au musée Nissim-de-Camondo à Paris.

Souvenirs princiers aux enchères

Dans l’ensemble de « bibelots provenant du château de Valençay, issus de la succession du duc de Talleyrand-Valençay, prince de Sagan » vendus aux enchères publiques à Issoudun (36) le 14 mars 2009, figuraient un coffret offert par le prince de Talleyrand à la marquise de Jaucourt et des couverts portant la marque du château ou le chiffre des Sagan.

Une pendule en bronze au motif dit « au Char de Vénus » attribuée à André-Antoine Ravrio – autres exemplaires de l’ex-collection des Murat au palais de l’Élysée (Mobilier National) et au château de La Malmaison – qui proviendrait du château et aurait été gagnée au jeu dit de l’écarté aux dépens du duc de Talleyrand vers 1860, a été vendue aux enchères à Paris le 15 décembre 2010 (cf. « La Gazette de l’Hôtel Drouot » no 42 p. 137).

En 2016 un guéridon offert en 1832 par Talleyrand à la marquise de Jaucourt, déjà citée, qui avait été repéré dans une réserve du château par un formateur de l’AFPA, puis restauré par le jeune apprenti en restauration du mobilier d’art Jérémy Devaud (reprod. coul. dans « La Nouvelle République » du 23/07/2016), a regagné une des pièces de la demeure.

Château de Bouges 2/2

Architecture

Attribution

Le château de Bouges a été attribué sans preuve à Ange-Jacques Gabriel sur la foi d’une approximative similitude avec le Petit Trianon de Versailles bâti par le célèbre architecte entre 1762 et 1768 soit exactement à la même époque, ce qui suffit à rendre cette attribution hautement improbable. Elle est aujourd’hui récusée par tous les auteurs.

Le nom de « Gabriel » gravé sur l’un des frontons n’est sans doute qu’un graffiti dû à l’un des ouvriers du chantier, tout comme celui de « Fayeti » qui le surmonte. Les registres paroissiaux font état de l’inhumation en novembre 1767 d’un certain Gabriel, apprenti de Louis Thonet, maçon travaillant au château, qui est peut-être celui qui a gravé son nom sur le château. Sont mentionnés également en 1768, Claude Vidard, charpentier, et François Le Neuf, « maître menuisier au château ». En 1770, François Le Neuf, le serrurier Antoine Favel et Jean Bardon assistent à l’inhumation du frère de ce dernier, qualifié de « peintre et doreur de la ville de Bourges ».

Les délibérations du syndic citent les réclamations de Richard Colasse, maître couvreur à Paris, et de Mathieu La Chaussée, maître charpentier à Paris, « pour la couverture d’un nouveau dôme », réalisée en 1778 selon les indications du sieur Vittard, architecte. On ne sait rien de celui-ci et l’on ne peut donc lui attribuer avec certitudes l’ensemble du projet de Bouges, dans lequel on a par ailleurs relevé des similitudes avec l’hôtel Bertrand à Châteauroux, œuvre contemporaine de l’architecte ingénieur Martin Bouchet.

Extérieurs

Si Bouges est incontestablement une construction très soignée, il ne présente pas les subtilités architecturales du Petit Trianon. En revanche, son organisation en pavillon évoque certains hôtels parisiens comme l’hôtel Peyrenc de Moras et aussi le château de Marly. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, on note des similitudes évidentes avec le château de Canon (Calvados), réaménagé en 1770 pour Jean-Baptiste Élie de Beaumont.

Le château est une construction de plan rectangulaire massé de 28 x 21 mètres comprenant neuf travées sur les grandes façades et cinq travées sur les façades latérales. Les façades principales ouvrent l’une sur la cour d’honneur et l’autre sur la grande perspective du tapis vert. Sous un fronton triangulaire, les trois travées centrales se détachent en léger ressaut, formant un faux avant-corps, sur un fonds de refends continus répondant aux angles traités en bossages à refends. Au rez-de-chaussée, ce faux avant-corps est percé de trois baies en plein cintre, dont la porte d’entrée à laquelle on accède par un perron de quelques marches, et à l’étage de trois baies rectangulaires réunies par un balcon soutenu par quatre consoles.

L’axe médian est également marqué par l’utilisation d’un fronton triangulaire, l’emploi de refends continus et l’utilisation d’une baie centrale en plein cintre au rez-de-chaussée, et rectangulaire au premier étage, encadrées d’œils-de-bœuf percés ou simulés. Chaque croisée des façades latérales est soulignée par un encadrement de plates-bandes qui anime les mures de pierre lisse.

La demeure est construite en pierre de Villentrois. La séparation entre les deux niveaux est marquée par un sobre bandeau et une corniche saillante, qui rendent imperceptibles le niveau entresolé situé entre le rez-de-chaussée et le premier étage ainsi que le niveau de chambres de services situé au second étage. La sculpture est limitée aux frontons et aux consoles des balcons, et à l’emploi systématique de balustres pour cerner les parterres et dissimuler le toit en terrasse que venait couronner un dôme en ardoise au xviiie siècle.

Intérieurs

Le château de Bouges se signale par l’ingéniosité de son organisation intérieure en triple profondeur qui ménage une ouverture maximale sur l’extérieur en libérant le centre du bâtiment, occupé au rez-de-chaussée par un large vestibule reliant le hall d’honneur au salon des jeux. Les autres pièces de réception s’ordonnent au rez-de-chaussée avec les dégagements et pièces de service nécessaires, le grand escalier étant rejeté sur le côté dans l’épaisseur du vestibule. À l’étage, la volée droite de l’escalier débouche sur un vide central autour duquel se développent les appartements les maîtres et les chambres des invités, au nombre de cinq. Les grandes croisées sont munies de volets intérieurs et sont habilement divisées pour donner jour à des entresols. Les cuisines, laverie, caves et resserres se trouvent au sous-sol.

La création, très probablement à la fin du xixe siècle seulement, d’une verrière éclairée par un lanterneau au-dessus du vide central, a introduit un second axe lumineux très original en tirant un intéressant parti de la disposition d’origine.

Parc

Le domaine comprend sur 80 hectares un parc paysager, un arboretum, un jardin bouquetier créé en 1920, de vastes serres et des jardins à la française d’un hectare redessinés au siècle dernier par les Duchêne père et fils. Le parc offre également au regard des bordures de buis et d’ifs taillés en cônes, le tout entouré d’un double alignement de tilleuls. La perspective du bassin mène au buffet d’eau de la nymphée, au centre de la pelouse s’élève un groupe sculpté de marbre blanc représentant Hercule. Le jardin bouquetier est composé suivant deux axes principaux, au croisement desquels se trouve un bassin circulaire. La grande serre abrite quelques espèces de plantes rares ou exotiques.

Le parc à l’anglaise s’étend sur 80 hectares rassemble des liquidambars, des tulipiers, des hêtres, des berbéris, des sumacs… Le parc est labellisé Jardin remarquable.

De somptueuses écuries installées dans les communs, abritent les voitures hippomobiles utilisées par ses derniers propriétaires.

Seconde Guerre mondiale

Si en 1944, le domaine échappe à une demande de réquisition par les autorités allemandes, il abritera une unité de la 2e DB du général Philippe Leclerc de Hautecloque mise là au repos.

C’est un épisode mal connu de la seconde guerre mondiale dans l’Indre. Jean Moncorgé, alias Jean Gabin, a passé plusieurs semaines à Bouges-le-Château au printemps 1945, avec son régiment de fusiliers marins dépendant de la célèbre 2e DB. Les 18.000 soldats de la 2e DB sont invités à souffler dans l’Indre. L’intermède, avant de départ vers l’Allemagne que Leclerc et ses hommes contribueront à libérer, dure du 1er mars au 15 avril 1945.

Accueillis à Bouges-le-Château, les gars du Régiment de fusiliers marins, sont logés chez l’habitant. Ils sont surnommés Les Marins ou les ponpons rouges. Rapidement intégrés, ils donnent des coups de main dans les fermes. Ils aimaient la belote et la goutte : les hommes de la 2e DB ont pris du bon temps lors de leur arrêt prolongé dans l’Indre avant de reprendre le combat.

Protection

Le château de Bouges fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Cela concerne le château, ses dépendances, ses jardins, son parc ainsi que les bâtiments et les murs de clôture et l’allée d’arrivée. Cet arrêté a annulé les mesures de protection antérieures : l’arrêté de classement au titre des monuments historiques du  et les arrêtés d’inscription au titre des monuments historiques des  et .

Château de Bouges 1/2

Le château de Bouges est un château français situé dans la commune de Bouges-le-Château dans le département de l’Indre et la région Centre-Val de Loire.

Cette élégante « folie » bâtie en pierre de taille a été construite en 1765 par un architecte non identifié pour Claude Charles François Leblanc de Marnavalmaître de forges et directeur de la Manufacture royale de draps de Châteauroux. Protégé au titre des monuments historiques, le château de Bouges, comme une centaine d’autres monuments, propriété de l’État, est géré, animé et ouvert à la visite par le Centre des monuments nationaux.

Histoire

La terre de Bouges (Condita Bolgensis) est mentionnée en 917 dans la charte de fondation de l’abbaye de Déols. Au xiiie siècle, elle relève de la châtellenie de Levroux. En 1218, le seigneur de Châteauroux, Guillaume de Chauvigny, la laisse en apanage à ses frères. Elle se transmet par les femmes (cf. l’article Levroux) jusqu’au xve siècle et, par le mariage en 1416 de Jacquette du Peschin avec Bertrand V de La Tour d’Auvergne, la seigneurie, vraisemblablement constituée à cette époque d’une motte féodale, va entrer dans la famille des Médicis.

En effet, un siècle plus tard, en 1518, leur arrière-petite-fille, Madeleine de La Tour d’Auvergne, épouse Laurent II de Médicis. De cette union naît Catherine de Médicis dont le mari devient roi de France sous le nom de Henri II. Celle-ci ne s’intéresse pas à ses terres de Berry et, en 1547, année de son accession au trône, elle offre la moitié de la terre de Bouges à son conseiller et premier maître d’hôtel, Jean-Baptiste Seghizo, « en récompense et reconnaissance […] de bons, grands et fidèles services ». Le petit castel est décrit comme une « maison-fort (sic), fossés, basse-cour, maison et jardin étant en ladite paroisse et bourg de Bouges ». Par des achats et échanges successifs, Jean-Baptiste Seghizo recomposé la terre de Bouges dont il finit par détenir la totalité en 1565. De son vivant, elle est divisée entre ses neveux, Marc Antoine, premier écuyer tranchant de la reine, « capitaine de la ville et château » de Verneuil-sur-Seine, et Jean Marc. Mais ceux-ci décèdent sans enfant de sorte que la donation revient à Jean-Baptiste qui « vend, cède, quitte et délaisse » Bouges au profit d’un autre neveu, Marc Antoine, en vertu d’une autorisation donnée par Catherine de Médicis le .

Au lendemain de la Fronde, le , la terre est donnée à bail à Françoise de Prunelay, veuve d’Anne de Tournebu, conseiller du roi en les conseils d’État et privé, premier président en requête du palais à Rouen. Son descendant, Claude Leroux, hérite de Bouges en 1684. Après lui, la terre passe par succession à Claude de Lignault, seigneur de Lussac, mais celui-ci, criblé de dettes, voit ses biens saisis et Bouges est vendue par adjudication à Jacques Alleaume, trésorier de France en la généralité d’Alençon, en vertu d’un décret du . Sa veuve, Blanche Marie Anne Lenormand, abandonne son bien à son fils, Jean Jacques Alleaume, trésorier de France en la généralité de Bourges. L’épouse séparée de biens de ce dernier vend la seigneurie de Bouges et ses dépendances (Bretagne, La Champenoise et Liniez) à Claude Charles François Leblanc de Marnaval, le , pour 275 000 livres, y compris les meubles et effets mobiliers évalués à 25 000 livres. Les actes de vente du xviiie siècle indiquent que l’ancienne motte féodale avait été fortifiée, sans doute durant les guerres de religion et la Fronde.

17591781 : Leblanc de Marnaval et la construction du château actuel

Leblanc de Marnaval est un maître de forges qui a réalisé une importante fortune et épousé Marie Anne Gaudard, fille d’un trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Bourges. Il fait raser l’ancienne maison forte et construire sur ses vestiges, vers 1765, le château actuel dont le fronton porte ses armes et celles de son épouse. Les travaux sont menés rapidement puisque l’affiche de la vente de 1781 indique que « le château est bâti à neuf depuis dix ans ». Le , des lettres patentes confèrent à Marnaval d’autorisation d’exercer ses droits seigneuriaux de basse, moyenne et haute justice et celui-ci fait dresser à cette fin, l’année suivante, un plan terrier de son domaine en 28 planches par l’arpenteur François Bonnin.

Le propriétaire ne cesse d’effectuer des travaux et améliorations dans son domaine. En 1778, il procède à une transformation d’ampleur des toitures : c’est peut-être seulement à cette époque qu’elles sont réalisées à l’italienne. L’allée cavalière est tracée après échange de prés avec divers particuliers. Des orangers sont placés sur les terrasses. Une volière et une fabrique trouvent leur place dans le parc.

Marnaval fait faillite en 1778 et vend la terre de Bouges, le  « avec tous les bâtiments, basse-cour y contiguë, l’orangerie, jardin, parc, terrasses, avenues et autres dépendances », ainsi que les ornements et le mobilier dont 20 000 livres de glaces. Son frère, Leblanc de Logny, capitaine des chasses du duché de Berry, la remet contre 516 000 livres à Jean François, marquis de Rochedragoncolonel d’infanterie, qui n’en disposera qu’à partir de 1781. Sont compris dans la vente « tous les ornements mis à perpétuelle demeure dans le château », estimés à 52 785 livres, mais les travaux de toiture effectués en 1778 sont considérés comme « une dépense purement voluptuaire et qui n’a pu donner aucune augmentation de valeur au château ».

17811818 : le marquis de Rochedragon

Le nouveau propriétaire Jean François (17441816), marquis de Rochedragon, baron de Mirebeaux, est « mestre de camp des armées du roi, colonel général infanterie française et étrangère », chevalier de Malte et chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Avec son épouse, Adélaïde Félicité de Sailly (17531785), il habite l’hôtel de Conti, rue Saint-Dominique à Paris. Il augmente le domaine et l’administre avec soin et en tire des revenus importants. Il reste sur ses terres durant la Révolution française qui semble ne l’avoir que peu affecté. C’est tout juste si le conseil municipal de Bouges, rebaptisé « Fonds-Cœur », fait enlever les grilles du portail, réalisées aux forges de Clavières, qui sont adjugées à un bourrelier de Bourges ; mais les ferronneries des balcons échappent à la réquisition. Le marquis de Rochedragon est même sollicité pour intervenir auprès de l’Assemblée nationale en vue de la création d’un département intermédiaire entre le bas Bourbonnais, le haut Berry et le pays des Combrailles afin de « régénérer » la contrée.

Le fils aîné du marquis de Rochedragon, Louis Fortuné, ayant émigré, les droits sur la terre de Bouges qu’il a hérités de sa mère, décède en 1785, sont considérés comme appartenant à la nation, mais la fille naturelle du marquis, Marguerite Rosalie Laforest, se porte acquéreur de ces droits auprès de l’administration du département le 11 prairial de l’an IV () ; sa proposition est acceptée le 26 ventôse de l’an VI () et elle verse 191 999 livres soit le sixième de la valeur du domaine selon l’estimation faite par Pierre Delalande, ingénieur géographe. Ce prête-nom permet au marquis de conserver dans sa famille la totalité de ses droits de propriété. Après sa mort, survenue en 1816, Bouges échoit à ses deux enfants survivants : Anselme François Marie Henri de Rochedragon (17831851), gendre du maréchal Mac Donald, colonel du régiment de cuirassiers du duc de Berry et maire de Bouges, et sa sœur Anastasie Flore Éléonore (°1776), par son mariage marquise de Montaigu.

18181826 : Talleyrand et la duchesse de Dino

Le  ceux-ci vendent Bouges pour 650 000 livres à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, qui possède non loin de là le château de Valençay. Le château est « orné de glaces, boiseries, tentures et autres embellissements » et décrit comme « formant pavillon carré à l’italienne, avec terrasses, jardins, parcs, cour d’honneur, basse-cour, écuries, remises, pavillons de concierge, bâtiments d’exploitation » et il est cédé avec ses « meubles meublants et de ménage, linge, vaisselle, glaces, tableaux, tentures, tapisseries, lits, couchettes ».

Le nouveau propriétaire renouvelle une partie du mobilier comme l’indique l’inventaire effectué en septembre 1818 par Bourgognon, tapissier. Les objets de table, notamment les verres et les couverts, sont gravés de la lettre B ou du nom de Bouges. La chambre dite « de la duchesse de Dino » au rez-de-chaussée, abrite un lit de fer et un mobilier d’acajou recouvert de soie bleue. Dans le grand salon se trouvent des chaises, fauteuils et deux canapés en bois peint garnis de velours jaune, ainsi que deux jardinières. À l’étage, la chambre du prince comprend un lit à baldaquin et un bureau en bois noir. Ce mobilier est laissé à la garde du concierge Mallet qui reprend cet état le  et signale « un mauvais billard et dix mauvaises queues ».

Talleyrand utilise peu le château de Bouges. Son ami le général-comte de Castellane, relatant une visite qu’il y effectue en octobre 1819, précise que le château est « comme neuf, charmant dans tous ses détails, meuble par [le prince] complètement […] sans qu’il y ait encore couché ». En 1822, Talleyrand fait dresser un état des titres du domaine dont il exploite les vignes. Il met la demeure à la disposition de Dorothée de Courlande(17931862), duchesse de Dino, épouse de son neveu Edmond, qui y séjourne à diverses reprises mais ne l’évoque jamais.

18261852 : la famille Masson

Le , Talleyrand revend Bouges à un homme d’affaires lorrain, Georges Timothée Masson (17741857), qui possède également en Berry le château de Villedieu et ses 4 500 hectares de terres, mais passe le plus clair de son temps à Nancy. Il doit sa fortune à la manufacture de tabac fondée par son père à Nancy et possède de grands domaines tels que Guermange et Art-sur-Meurthe. Maire-adjoint de Nancy en 1814, il y reçoit le tsar Alexandre Ier de Russie.

Son fils, Antoine Achille Masson (18151882) administre les domaines de Bouges et de Villedieu au décès de sa mère en 1839. Il épouse en 1850Adélaïde Joséphine Bachasson de Montalivet, deuxième fille d’Adélaïde de Saint-Germain et du ministre Camille de Montalivet qui obtiendra de Napoléon III l’autorisation de transmettre son nom aux descendants de son gendre.

On attribue à Antoine Achille Masson la transformation du parc de Bouges en parc à l’anglaise. Sans doute est-ce lui qui effectue également des aménagements intérieurs : installation du billard dans l’actuelle salle de jeux ; transformation de la chambre contiguë en salle à manger ; installation d’un piano dans le petit salon, avec une partie du mobilier de la chambre de Talleyrand.

18531857 : le général Ben Ayed

En juin 1853, la famille Masson-Bachasson de Montalivet vend le domaine de Bouges au général Mahmoud Ben Ayed, issu d’une importante famille tunisienne originaire de Djerba et installée à Tunis au xviiie siècle. Nommé directeur des magasins de l’État par le bey de Tunis Ahmed Ier, progressivement titulaire de tous les fermages de Tunisie, il crée une banque en 1847 et obtient le monopole de l’émission de billets au porteur remboursables, garantis sur des fonds d’État. Selon le rapport d’un inspecteur des finances envoyé en mission à Tunis, il détourne de 50 à 60 millions de francs, c’est l’affaire Mahmoud Ben Ayed.

Dès 1850, le général obtient la nationalité française et, en 1852, il quitte la Tunisie avec son trésor tout en y conservant certaines affaires. À Paris, il achète l’hôtel Collot, 25 quai d’Orsay (aujourd’hui quai Anatole-France), dont le propriétaire vient de mourir, ainsi que des immeubles de rapport comme le Passage Ben-Aïad. Au moment où il fait l’acquisition de Bouges, il fait déjà l’objet de poursuites. Celles-ci le contraignent à fuir à Constantinople d’où il négocie la vente du château en 1857 au profit d’Adolphe Dufour, qui travaille pour la Compagnie des eaux de Paris.

18571917 : la famille Dufour

À la mort d’Adolphe Dufour en 1870, son fils Henri hérite du château et fait effectuer d’importants travaux jusqu’à sa mort en 1913, avec le concours de l’architecte départemental Alfred Dauvergne (18241886) puis, probablement, du fils de celui-ci, Henri.

Alfred Dauvergne refait les façades du château et envisage de blanchir les balustrades des terrasses (1873). Un calorifère et un monte-plats sont installés dans le château. Le plafond de la salle à manger est refait (1878) à la suite de son agrandissement par la suppression des pièces de service attenantes au nord. Un poêle de style Renaissance y est installé. L’ordonnance de la salle de billard est renforcée par le doublement des portes d’accès au grand salon et à la salle à manger par des percées symétriques. Des niches sont créées dans la cloison du vestibule.

C’est très certainement Dauvergne qui ouvre un puits de lumière au centre du château qu’il orne de pilastres et de colonnes ioniques et que l’érudit Fauconneau-Dufresne décrit comme « une splendide cage d’escalier, éclairée par le haut, au moyen d’un double vitrail, terminé par une large lanterne »13. Un belvédère est représenté sur une vignette illustrant les Esquisses pittoresques sur le département de l’Indre (1882), mais un dessin du graveur Octave de Rochebrune dédié à l’épouse d’Henri Dufour en 1885 montre un lanterneau de plan carré tel que celui qui subsiste aujourd’hui.

Le château est entièrement restauré vers 1880 et Henri Dufour constate que « les communs produisent un très mauvais effet ». Dauvergne intervient alors sur les dépendances de la basse-cour. Pour relier la cour des communs aux terrasses du château il propose la création d’un escalier qui ne sera réalisé qu’au début du xxe siècle. Il crée des talus et un grand massif circulaire dans la cour d’honneur (1878).

En 1897, Henri Dufour fait appel au célèbre paysagiste Henri Duchêne pour créer des jardins à la française à proximité du château. Son projet est mis en œuvre par son fils, Achille, jusqu’en 1909. Le parc à l’anglaise est restructuré pour dégager des points de vue pittoresques, notamment vers l’étang dont l’emprise est modifiée. Les axes du château sont soulignés par des parterres de buis, notamment au nord, tandis qu’à l’ouest est tracée une longue perspective comprenant un bassin en hémicycle avec buffet d’eau orné de congélations et un grand tapis vert se déroulant jusqu’à un monument qui sert de point de fuite. La cour d’honneur, bordée de terrasses plantées de tilleuls, est traitée sobrement : Duchêne supprime les massifs et crée une transition entre les terrasses et la cour par des plates-bandes dont les graviers de brique et d’ardoise dessinent une frise de postes.

19171967 : les Viguier

Le , le château est acquis par l’homme d’affaires Henri Viguier (18771967), propriétaire et président-directeur général du Bazar de l’Hôtel de Ville, célèbre magasin parisien qu’il développe et dont il assure la prospérité. C’est lui qu’évoque André Roussin dans ses souvenirs : « le très riche et débonnaire oncle Henri, président-directeur-général, habitant alternativement hôtel avenue Foch, château dans l’Indre, manoir à Houlgate ou villa à Grasse ». En janvier 1906, il épouse Marie-Claire Renée Normant, issue d’une riche famille de drapiers de Romorantin, dont les établissements, dénommés Manufacture Normant frères, ont connu une grande prospérité au xixe et au début du xxe siècle en fournissant le drap bleu des uniformes de l’armée. Henry Viguier est élu maire de Bouges en 1919, sans s’être présenté, et sera réélu sans discontinuer jusqu’à sa mort.

Les Viguier restaurent le château, le décorent et le remeublent. En effet, à la suite de la succession difficile d’Henri Dufour, sa veuve, qui vit à Biarritz, fait enlever toutes les tapisseries, les meubles et objets mobiliers, et même des glaces et trumeaux. On enlève ainsi les tapisseries de la salle à manger et les dessus-de-portes « embellis de peintures à la manière de Boucher ». Renée Viguier va rendre son atmosphère au château en multipliant les acquisitions de boiseries et de meubles. Elle bénéficie des conseils de l’épouse du couturier Jacques Doucet, qui avait réuni une prestigieuse collections de mobilier du xviiie siècle dans son hôtel de la rue Spontini. Les Viguier achètent un mobilier de qualité mais relevant de la production courante des grands ébénistes parisiens, et n’hésitent pas à le compléter d’éléments de style. Ils constituent des ensembles de sièges à partir d’éléments disparates unifiés par l’emploi de la peinture « gris Trianon » alors à la mode. Le confort de la demeure est amélioré par l’installation de l’électricité et du chauffage central et chacune des sept chambres dispose d’une salle de bains ou d’un cabinet de toilette avec l’eau courante. Les Viguier restaurent les compositions végétales des Duchêne et transforment le potager en jardins de fleurs, tandis que la serre reçoit des plantes exotiques.

Grand amateur d’équitation, Henry Viguier est membre de la Société des courses de Châteauroux et président du Cercle de l’étrier. Il possède sa propre écurie de courses, à la casaque bleu et jonquille. De luxueux équipages sont remisés dans les communs, les écuries, la sellerie d’honneur sont magnifiques. Le maître des lieux organise aussi des chasses réputées.

En 1944, le domaine fait l’objet d’une demande de réquisition par les autorités allemandes mais une exemption est obtenue grâce à l’intervention de l’architecte en chef des monuments historiques Michel Ranjard. Les travaux reprennent en 1951. Après le décès de son épouse en mai 1966, Henry Viguier, sans descendance, décide de léguer son domaine à la Caisse nationale des monuments historiques et des sites, devenue aujourd’hui le Centre des monuments nationaux. À sa mort, le , le domaine entre donc dans le patrimoine propre de cet établissement public avec son mobilier comprenant 1 600 pièces. Le testament d’Henry Viguier précise que les revenus du domaine sont destinés à assurer l’entretien et la restauration du château, des communs et du parc.

En 1991, un cambriolage a lieu au château. Une pendule provenant de Louis XVI est volée. Elle est retrouvée par la police chez les époux Berlusconi qui demandent à L’État français un dédommagement de 100 000 euros pour la rendre, l’État refuse et la pendule reste chez les Berlusconi.

 

Château de Montpoupon

 

Le château de Montpoupon se situe en Indre-et-Loire, à l’est de Tours, à 10 km au sud de Montrichard et à quelques km du château de Chenonceau sur la route de Loches, dans une vallée, au cœur d’une forêt. Il dépend de la commune de Céré-la-Ronde. Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis .

 

Histoire

Étymologie

Le promontoire rocheux sur lequel est construit le château de Montpoupon fut choisi par un clan germanique à l’époque de Charlemagne, les Poppo. L’étymologie du nom est directement liée à ce clan : Mons Poppo (la colline du clan Poppo), deviendra au rythme de l’évolution du langage « Mons Popeo », « Mont poupon » et enfin « Montpoupon ».

L’abbé Meunier, linguiste qui fit de longs séjours au château de Montpoupon et écrivit une histoire étymologique du nom de Montpoupon, fait remonter ce nom au ixe ou xe siècle d’après sa composition qui indique une origine gallo-germanique. Ce mot étant formé du substantif commun Mont, auquel s’ajoute le nom du fondateur Poupon, nom propre germain. On trouve « Poppo » dans la liste des noms d’hommes germains. Ce nom de lieu accolé à un nom germain indique bien qu’une habitation devait s’élever à cet endroit.

Le Moyen Âge à Montpoupon

Foulques Nerra et Eudes de Blois

Au Moyen Âge, le château fut une place forte stratégique puisque situé à mi-chemin entre Loches (aux mains de Foulques Nerra) et Montrichard (appartenant à Eudes de Blois). Il sera ainsi le spectateur muet des luttes opposant les deux hommes.

Foulques Nerracomte d’Anjou, dit le Faucon noir, fut l’une des plus grandes figures militaires du Moyen Âge. Il possédait sur la Loire, une partie de la Seigneurie d’Amboise, château et ville comprise. Il s’empara également de nombreuses forteresses : SemblançayLangeaisMontbazon… Il passa la plus grande partie de sa vie à faire la guerre à ses voisins et plus particulièrement Eudes Ier de Bloiscomte de Blois, qui possédait les villes de MontrichardSaint-AignanChinonSaumur

Foulques Nerra, partit en Terre Sainte en expiation de ses actes de cruauté, vit ses terres ravagées par le comte de Blois. À son retour, il décida de mener une lutte en direction de Montrichard et d’y construire une puissante forteresse. Il surveillait ainsi les communications de la vallée du Cher et la route de Blois à Loches. La position du château de Montpoupon sur cette voie d’Aquitaine le désignait tout naturellement à Foulques Nerra comme point stratégique pour relier ses deux importantes places fortes de Loches et de Montrichard.

Au retour de sa seconde croisade en 1012, il décida de porter la guerre sur les territoires de ses ennemis et de reprendre son château de Montrichard. Il rencontra l’armée du comte d’Anjou à la Bataille de Pontlevoy en 1016, faisant 6 000 tués ou prisonniers. Par cette victoire, Foulques Nerra consolida ses possessions.

Foulques Nerra partit ensuite en Terre Sainte pour la troisième fois. Il mourut à son retour en 1040. Sans nul doute, il contribua à l’édification d’une place forte à Montpoupon. Le soubassement de la grosse tour en est certainement le témoignage. Lors de travaux entrepris en 1920 au château, des fondations de cet ancien château furent découvertes avec un corps de logis de forme rectangulaire flanqué sur la façade nord de deux demies tours rondes qui servaient à la défense. Il était construit à pic sur le rocher.

La maison d’Amboise

La maison d’Amboise, à laquelle se rattachent les seigneurs de Montpoupon au cours des siècles, eut pour fondateur Hémon ou Aymon de Buzançais (dans l’Indre). Charles le Chauve donna à Aymon de Buzançais vers 840, le bourg d’Amboise. Lisois de Bazogers (xie siècle) épousa Hersende de Buzançais et sera récompensé pour sa bravoure par Foulques Nerra en gouvernant la place d’Amboise, fondant ainsi cette puissante famille.

Montpoupon releva dès lors de la maison d’Amboise.

En 1151, Henri II Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, prit possession de l’Anjou, de la Touraine et du Maine. Ayant épousé Aliénor d’Aquitaine, il devint maître de toute la France occidentale avec un territoire aussi grand que celui du roi de France.

Hugues II d’Amboise, suzerain de Montpoupon prit le parti d’Henri II Plantagenêt qui fut proclamé roi d’Angleterre en 1154, provoquant de nombreux conflits avec les seigneurs voisins ayant fait allégeance au roi de France Louis VII.

De nombreuses luttes éclatèrent ensuite entre Richard Cœur de Lion, successeur au trône d’Angleterre et Philippe II Auguste, roi de France. Montrichard sera reprise par l’armée de Philippe Auguste après un siège de deux mois et probablement Montpoupon qui se trouvait dans son passage. Les deux rois finirent tout de même par s’allier et se rendre leurs places fortes avant de partir ensemble en Terre Sainte.

Jean sans Terre, profitant de l’absence de son frère Richard, essaya d’usurper la couronne d’Angleterre et ses possessions tourangelles dont LochesSulpice III d’Amboise, fils d’Hugues II d’Amboise, abandonna le parti du roi d’Angleterre. Jean sans Terre s’empara de la couronne d’Angleterre à la mort de son frère en 1199 au détriment de son neveu Arthur assassiné, provoquant la colère des seigneurs. Philippe Auguste assiégea Tours en 1204 et toute la Touraine fut annexée à la couronne de France en 1205.

Les conflits avec les Anglais s’éternisèrent pendant de longues années, dévastant les rives du Cher et les pays avoisinants. Montpoupon resta une place forte d’importance, malheureusement aucun document indiquant les noms des gouverneurs ou capitaines ayant la garde du château à cette époque n’est connu.

La maison d’Amboise fut plus intimement liée aux seigneurs de Montpoupon avec le mariage de Madeleine d’Amboise-Chaumont, sœur de Pierre, avec Antoine de Prie en 1431.

La famille de Prie

La maison de Prie, seigneurs de Buzançais dans l’Indre, possédait un donjon en partie démoli aujourd’hui. Philippe Auguste s’en empara plusieurs fois. La première lignée de seigneurs de Montpoupon connu se fera en 1328 avec Philippe de Prie. Aucun document ne nous indique comment Philippe de Prie devint seigneur de Montpoupon. Les de Prie étaient-ils seigneurs ou gouverneurs de Montpoupon avant Philippe de Prie ? Nous l’ignorons et rien ne nous dit non plus quels furent exactement les seigneurs de Montpoupon, successeurs de Philipe de Prie jusqu’à son arrière petit-fils, Antoine de Prie.

Antoine de Prie, Seigneur de Buzançais et de Montpoupon, entra très tôt au service du roi de France. Il prit notamment part au siège d’Orléans avec Jeanne d’Arc. Conseiller du roi Charles VII (au service de la chambre du roi), il sera nommé Grand Queux de France (chargé de superviser la cuisine) en 1431 et premier baron de Touraine.

À partir de 1450, Antoine de Prie et sa femme relevèrent le château de Montpoupon ayant été presque entièrement détruit durant la Guerre de Cent Ans. Ils édifièrent sur ce qui restait de l’ancien corps de logis une demeure de première Renaissance tourangelle très confortable, que l’on peut encore voir aujourd’hui. Les murs de la façade nord étaient encore debout. Antoine de Prie les renforça, ouvrit des fenêtres et fit boucher d’autres ouvertures sur la façade sud qui se terminaient par deux tourelles d’angle en encorbellement. Au milieu de la façade sud, dans une tour carrée aujourd’hui disparue se trouvait un escalier à vis. Sous chaque tourelle partait un mur d’enceinte, remplaçant les courtines militaires du xiie siècle rejoignant d’un côté la tour isolée et de l’autre l’ancienne poterne. Entre celle-ci et la tour isolée, s’élevait la chapelle dont quelques fragments de fresques ont été retrouvés. Plusieurs d’entre eux sont encore visibles dans la chapelle aménagée au xixe siècle. On y retrouve des scènes de la Passion du Christ et les armes de la famille de Prie. Il ne subsiste rien de cette chapelle qui fut démolie sous la révolution.

Louis de Prie, leur fils, hérita du domaine vers 1490. Il reprit la charge de son père et fut le dernier Grand Queux de France. Ses enfants mourant assez jeunes et sans héritier, ce fut Aymar de Prie (3e fils d’Antoine de Prie et Madeleine d’Amboise) qui devint seigneur de Montpoupon en 1527.

Aymar de Prie, conseiller du roi Charles VIII, accompagna le roi à la conquête du royaume de Naples en 1495. Inspiré par le goût de la construction observée lors de ses voyages en Italie, il se consacra à embellir sa demeure et fit bâtir la poterne que nous voyons aujourd’hui, probablement à la place d’une ancienne poterne avec pont levis. Cette construction élégante à deux étages avec des tourelles et une grande porte à l’architecture brisée, est un des bijoux de la Renaissance.

Confirmé dans son rang de conseiller du roi par François Ier, Aymar de Prie jouissait alors de la faveur du roi. Il est fort probable que François Ier vint à Montpoupon et occupa la chambre du roi. Les poutres peintes de la chambre ont été réalisées par des ouvriers italiens.

En 1523, Aymar de Prie obtint la charge de Grand Maître des Arbalétriers, l’une des plus importantes de la couronne. Le Grand Maître des Arbalétriers « avait le commandement de tous les gens de pied et avait l’intendance sur les officiers qui avaient la charge de la machine de guerre avant l’invention de la poudre et de l’artillerie». Cette fonction fut supprimée à la mort d’Aymar de Prie, son importance ayant été très diminuée par la nomination d’un Grand Maître de l’artillerie et d’un Colonel Général d’Infanterie.

Dans ces dernières années Aymar de Prie fut entraîné dans la rébellion du Connétable de Bourbon et emprisonné. Grâce à l’indulgence de Louise de Savoie (mère de François Ier), il fut mis en liberté en 1525.

De sa première femme, Claude de Choiseul, Aymar de Prie eut deux filles dont Renée de Prie qui sera dame d’Honneur de Claude de France, fille de Louis XII et femme de François Ier. Il aura également 3 enfants de son second mariage, dont Edme de Prie qui lui succéda à Montpoupon. Aymar de Prie mourut vers 1527.

Les dames de Prie

Aymar II de Prie (arrière-petit-fils d’Aymar de Prie) épousa Louise de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques. Très violent, il aurait, selon les légendes, tué d’un coup d’arquebuse un homme qui travaillait dans les mâchicoulis de la grosse tour parce qu’il ne descendait pas assez vite à son appel. De même étant un jour arrivé en retard à la messe, il aurait tué le prêtre devant l’autel de la chapelle de Montpoupon parce qu’il ne l’avait pas attendu pour commencer l’office. On rapporte également que dans la chambre de Prie, sa femme Louise de Hautemer aurait été enfermée par celui-ci, ayant été jugée infidèle.

Louis de Prie succéda à son père et épousa Françoise de Saint-Gelais (-Lusignan). Ils eurent deux filles : Charlotte et Louise. Succédant à sa mère dans la charge de gouvernante de Louis XIII, Françoise de Saint-Gelais Lusignan devint Dame d’Honneur d’Anne d’Autriche en 1642. À sa mort en 1673, la maison de Prie s’éteignit avec elle.

Sa fille Louise fut très remarquée à Paris où elle épousa en 1650 le Maréchal de France Philippe de La Mothe-Houdancourt. Celui-ci mourut en 1657 laissant son épouse veuve à 34 ans, avec peu de fortune. La maréchale de la Motte était alors peu connue à la cour. Elle passa les premières années de son veuvage à la campagne. En 1664, Madame de Montpensier qui ne pouvait assumer les deux charges de Dame d’Honneur de la reine et de Gouvernante de Monseigneur, offrit la charge de Gouvernante de Monseigneur, fils de Louis XIV à la maréchale de la Motte-Houdancourt. Elle eut ses mots « La Maréchale de la Motte est une femme de bonne mine… Elle tient une bonne table et fait honneur à la cour, tout le monde en fut bien aise »

Louise de Prie fut Gouvernante des enfants royaux sous Louis XIV et surintendante de leur maison. Pour ces derniers, sa fille Charlotte-Éléonore-Madeleine duchesse de Ventadour, lui succédera. Une charge qui se transmettra pendant trois générations.

Héritant du château de Montpoupon à la mort de sa mère Françoise de St-Gelais, Louise de la Motte-Houdancourt délaissa la propriété, sa charge la retenant à la cour. Le domaine sera alors affermé par un fermier général qui habita le château, Louis Debunon. Décédée en 1709, la maréchale légua le domaine de Montpoupon a sa troisième fille, Isabelle Gabrielle de la Motte Houdancourt, épouse d’Henry François duc de la FertéSenneterre. Les deux époux furent en procès pendant de longues années, leur mésentente était complète et ils ne se voyaient guère. La duchesse passait sa vie à la cour où elle avait une grande situation. C’est Françoise-Charlotte de la Ferté, leur deuxième fille, qui hérita de la seigneurie de Montpoupon. Elle passa ensuite au fils de cette-dernière, Philippe-Louis Thibault de La Carte, marquis de la Ferté-Senneterre. En 1763, faute de moyens pour entretenir le domaine, la vente fut décidée. Le marquis de Tristan acquit Montpoupon pour la somme de 60 000 livres.

Le marquis de Tristan

La Maison de Tristan est d’extraction illustre. Elle reconnaît pour auteur Charles Tristan, chevalier, seigneurs d’Ostel, baron de Talcy qui vivait au xiie siècle. Les Tristan occupèrent de hautes fonctions et de grandes charges.

Nicolas Tristan vendit la terre de Houssoy en Picardie pour acheter les seigneuries de Montpoupon et de Luzillé. Il avait été lieutenant, puis capitaine d’une compagnie d’infanterie au régiment de Richelieu. Il avait épousé en février 1732, Marguerite Judith des Champs. Dès son acquisition de Montpoupon, il résilia le bail du fermier général Claude Defrance et commença aussitôt des travaux dans le château pour lui redonner sa splendeur d’antan. Ce dernier était en très mauvais état à cause de l’abandon dans lequel il avait été laissé pendant de longues années, habité seulement par les fermiers généraux depuis la mort de Françoise de Saint Gelais Lusignan en 1653. Il ne put mener à bien les travaux, décédant en 1765. Son fils aîné, Nicolas Marie Tristan, hérita du château de Montpoupon.

Nicolas Marie Tristan, dit le marquis de Tristan, seigneur de Montpoupon, Luzillé et autres lieux environnants naquit le 30 août 1733. Il fut chevalier de l’ordre Royal de Saint Louis, fit la campagne d’Italie de 1747-1748 et prit part à la guerre de sept ans. À la mort de son père en 1765, il n’accepta sa succession que sous bénéfice d’inventaire, la substitution mise sur les biens du marquis et de la marquise de la Ferté Senneterre lui ayant donné des craintes quant à la validité de la vente effectuée en 1763. Cette vente fut ratifiée en 1772, par le marquis et la marquise de la Ferté.

Le marquis de Tristan se fixa à Orléans en 1771 mais il vint constamment à Montpoupon et fit faire diverses réparations. Il recouvrit les poutres des chambres de plafonds blancs en plâtre, agrandit les portes, détruisit la tour carrée de la façade du Midi dans laquelle se trouvait l’escalier à vis qui montait aux étages et construisit un escalier en bois et briques à l’endroit où se trouve aujourd’hui l’escalier en pierre. Il créa également les couloirs dans les étages. Pour les extérieurs, il envisagea la création d’un parterre à la française devant la façade nord du château, parterre qu’il n’exécuta que partiellement, très probablement à cause des troubles de la Révolution. C’est ainsi qu’il créa la demi lune que nous voyons actuellement et la forme géométrique du canal de la fontaine avec un pont central qui fut détruit plus tard. Les plans de ce jardin furent retrouvés en 2008.

Le château de Montpoupon traversa l’époque révolutionnaire sans trop souffrir. Seule la chapelle, située entre la poterne et la tour isolée, fut entièrement détruite par les Jacobins de Franceuil. Les pierres provenant de la démolition de cet édifice restèrent longtemps sur place et quelques-unes servirent aux réparations du château. Dans les embrasures de fenêtres sud de la salle à manger et de la salle d’Amboise furent trouvées, en 1919, des pierres portant des peintures très anciennes représentant la Passion du Christ et les armes de Prie.

Nicolas Marie de Tristan mourut à Orléans le 07 août 1820 à l’âge de 87 ans. Sa veuve Marie-Thérèse-Pauline Bigot de Cherelles conserva la terre de Montpoupon jusqu’à sa mort en 1830. Au partage des biens en 1831, ce fut la fille aînée du couple, Marie-Josèphe-Sophie (de) Tristan, marquise de la Touanne par son mariage avec Pierre-Sébastien-Irénée Bigot de La Touanne, qui hérita de Montpoupon. La superficie du domaine avait été bien diminuée et ne comprenait plus que 486 hectares. Seuls quelques courts séjours à Montpoupon furent effectués par le marquis et la marquise de La Touanne, ils passaient la plus grande partie de l’année au château de l’Emérillon et à Orléans. Pourtant ils restèrent très attachés à la terre de Montpoupon. En 1834, le changement du tracé de la route allant de Montrichard à Loches fut discuté. Un premier projet faisait passer cette nouvelle route au pied de la grosse tour et près de la fontaine du côté Nord du château. Le comte de la Touane s’opposa formellement à ce projet et préféra accepter celui qui faisait passer la route devant la poterne du château.

À la mort du marquis en 1834, ses héritiers, n’ayant pas pour Montpoupon le même attachement, décidèrent de vendre le domaine. Le 02 mars 1836, la vente fut effectuée au profit de Monsieur Benoît Elisabeth Lancelot Garnier de Farville pour la somme de 180 000 francs.

Monsieur de Farville

La famille de Farville était originaire du pays Chartrain en Beauce. Lancelot Garnier de Farville avait été officier au bataillon du Royal Auvergne, il avait épousé Adélaïde Cécile Miron de la Motte et habitait au château de Mareau-aux-Près dans le Loiret. Le couple avait trois enfants, un fils mort à l’école de Saint-Cyr et deux filles.

Dans l’inventaire fait en 1836 après l’achat du château, on trouve de nombreux meubles et tableaux, ce qui semble indiquer qu’une partie du mobilier de la famille Tristan fut acheté par Monsieur de Farville. Ce fut le cas notamment pour les tapisseries de Beauvais que l’on peut voir aujourd’hui dans le château ou encore le mobilier Louis XVI estampillé Jacob du salon.

Monsieur de Farville s’employa à faire de Montpoupon une propriété de rapport en développant les cultures, moulins et métairies. Il exploita lui-même certaines de ses terres et fit agrandir les communs du château en 1840 pour leur donner l’aspect qu’on leur connaît de nos jours.

Monsieur et Madame de Farville firent plusieurs dons à l’église de Céré-la-Ronde en 1840 et obtinrent, en 1843, la concession de la chapelle dite de Saint-Étienne, à droite du chœur. Ils donnèrent à l’église l’autel et la balustrade qui sont encore dans cette chapelle.

Vers la fin de sa vie, en 1855, Monsieur de Farville loua à bail la ferme principale de Montpoupon attenante au château et installée dans les communs actuels. Il mourut à Orléans le . Sa veuve et ses héritiers vendirent le , la terre de Montpoupon avec toutes ses dépendances d’une contenance de cinq cents hectares à Monsieur Jean Baptiste Léon de la Motte Saint-Pierre, pour la somme de 314 000 francs.

La famille la Motte Saint-Pierre

Jean-Baptiste de la Motte Saint-Pierre naquit le 14 décembre 1806 à Beauvais. Propriétaire du château familial d’Argy, il fut maire de la commune. Malheureusement, des charges trop lourdes, des prêts hypothécaires et de mauvaises récoltes rendirent sa situation financière difficile. Il se décida à contre-cœur à revendre la propriété d’Argy acquise en 1828. Après plusieurs années une société belge en fit l’acquisition, en 1855.

En remploi partiel de l’argent de la vente, Jean-Baptiste Léon de la Motte Saint-Pierre acheta le château de Montpoupon le  et vint s’y installer avec son épouse Clémentine. Ils commencèrent immédiatement les travaux afin de redonner au château l’aspect Renaissance qu’on lui connaît aujourd’hui : installation de meneaux, d’un escalier en pierre… Ayant également à cœur de développer le domaine, Jean-Baptiste Léon de la Motte Saint-Pierre décida d’exploiter lui-même ses terres. Il le fit avec peu de succès et abandonna rapidement cette tâche à son fils aîné Émile. Ce dernier devint propriétaire de Montpoupon à la mort de son père en 1872.

Émile Léon de la Motte Saint-Pierre était né le 18 mars 1838 au château d’Argy. Il fit ses études à Paris et fut admis à l’école des Eaux et Forêts en 1857. Devenu garde général des Eaux et Forêts en Béarn, en Gascogne, puis à Vierzon, il se mit en disponibilité et s’installa avec sa femme Laure Gabrielle à Montpoupon en 1868. Dès leur arrivée au château, le couple fit des travaux afin de rendre confortable et d’embellir leur demeure : une chapelle fut aménagée au deuxième étage de la poterne, la cuisine trouva sa place au sous-sol, une tour fut érigée et la toiture fut entièrement refaite. Par sa formation, Émile Léon de la Motte Saint-Pierre accorda une grande importance au domaine qu’il agrandit par des acquisitions successives. Il aménagea et repeupla les bois en sapins, chênes et bouleaux. Il reçut pour cela un prix d’honneur de la Société d’agriculture et de sylviculture.

Émile Léon de la Motte Saint-Pierre se consacra également au village de Céré-la-Ronde duquel dépend le château. Il devint maire en 1874 et se dévoua à la commune pendant 36 ans.

Enfin, en 1873, il fonda, avec l’aide de ses voisins, l’Équipage de Montpoupon. On commença par chasser le chevreuil, puis plus tard le cerf.

À sa mort, le 10 mai 1912, son troisième fils Bernard hérita de la terre de Montpoupon, ses deux autres garçons ayant renoncé au domaine.

Bernard Charles Marie de la Motte Saint-Pierre, troisième fils d’Émile et de Laure Gabrielle de la Motte Saint-Pierre, vit le jour le 28 aout 1875 au château de Montpoupon. Il fut ondoyé dans la chapelle du château au lendemain de sa naissance. Il fut élevé entre Montpoupon et Paris. Engagé dans des études militaires, il intégra le 6e Dragons d’Évreux et fut très vite nommé sous-officier. Il épousa, en 1911, Thérèse Béeche é Irarrazaval d’origine chilienne mais élevée en France. Le , Bernard de la Motte Saint-Pierre partit rejoindre son nouveau régiment, le 25° Dragons d’Angers. Blessé, il sera nommé capitaine du 13e Dragons lors de son retour sur le front en 1918 et jusqu’à sa démobilisation en mars 1919.

Pendant la guerre, Thérèse de la Motte Saint-Pierre géra le domaine de Montpoupon. Elle donna le jour à son unique fille, Solange, le .

Dès son retour de la guerre, Bernard de la Motte Saint-Pierre entrepris de grands travaux de modernisation au château : installation de l’électricité, de l’eau courante et du chauffage central. Ses travaux permirent aux châtelains de découvrir certains éléments du château comme les poutres peintes qui avaient été cachées par de faux-plafonds. Bernard de la Motte Saint-Pierre s’attacha également à supprimer les enclaves qui existaient sur le domaine, par échanges ou par achats.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le château fut occupé quinze jours par un bataillon autrichien puis allemand. Prévenus de l’arrivée des troupes ennemies, Monsieur et Madame de la Motte Saint-Pierre firent placer leurs biens les plus précieux dans les oubliettes de la tour du xiiie siècle. Les châtelains ne quittèrent pas le château lors du séjour des militaires. La ligne de démarcation (le Cher) ayant été fixée le , les soldats se retirèrent sans causer de dégâts.

Le 3 août 1944, le marquis de Coz, prétendu noble qui semait la terreur dans la région, fit irruption dans la cour du château et prit en otage Bernard de la Motte Saint-Pierre et sa fille. Madame de la Motte Saint-Pierre ne voulant pas les abandonner, ils furent tous trois emmenés en forêt de Brouard, près de Saint-Aignan-sur-Cher. Libérés grâce à une rançon et à l’intervention de membres de la résistance, la famille la Motte Saint-Pierre quitta quelque temps Montpoupon après cet épisode éprouvant.

Après la guerre, la vie reprit son cours à Montpoupon et avec elle les chasses à courre. Bernard de la Motte Saint-Pierre, fatigué, décida de mettre bas son équipage le . Dès 1951, il mit sa fille Solange au courant des affaires du domaine. Il mourut à Montpoupon le .

Solange de la Motte Saint-Pierre, fille de Bernard et Thérèse de la Motte Saint-Pierre, naquit au château de Montpoupon le 21 septembre 1918. Deux chambres lui furent aménagées au troisième étage du château : l’une pour Solange et l’autre pour sa nurse qui servait également de chambre d’études. Une institutrice vint à Montpoupon dès le quatrième anniversaire de Solange de la Motte Saint-Pierre. À 7 ans, Solange partit suivre des cours à Paris, à l’école des Oiseaux. Elle obtint son baccalauréat en 1936 et sa licence de droit en 1939. Elle intégra ensuite l’École du Louvre.

Après la guerre, elle commença à prendre en main les affaires de Montpoupon et hérita du domaine à la mort de son père, sa mère ayant renoncé à l’usufruit. Elle ouvrit le château au public en 1971. Étaient alors accessibles la chapelle, la bibliothèque et une salle au niveau des communs rassemblant les souvenirs de l’équipage Montpoupon et les voitures hippomobiles de la famille. Étant très impliquée dans la vie locale, Solange de la Motte Saint-Pierre fut à l’origine de la création de la Chambre d’Agriculture de Touraine, des Gîtes du 37 mais aussi de la Route des Dames de Touraine.

Dès les années 1990, Solange de la Motte Saint-Pierre associe son petit-neveu, le comte Amaury de Louvencourt, à la gestion du château. Ce dernier crée en 1995 le musée du Veneur, situé dans les communs du château. Il devient propriétaire du domaine au décès de sa grand-tante en 2005. De nombreuses pièces du château sont ouvertes à la visite au fil des années. Aujourd’hui, onze pièces meublées sont proposées aux visiteurs, une balade dans le parc et une trentaine de salles au niveau du musée.

Le château de Montpoupon et ses dépendances ont été inscrits monument historique le  puis une partie, les façades et les toitures du châtelet et de la tour dite Le Donjon ont été classés le .

Église Saint-Jean-Baptiste de Montrésor

 

L’église Saint-Jean-Baptiste est une ancienne collégiale située à Montrésor dans le département d’Indre-et-Loire en France.

Fondée en 1521 par Imbert de Batarnay, seigneur de Montrésor, qui souhaite en faire la sépulture de sa famille, et dédiée à saint Jean-Baptiste, elle est immédiatement élevée au rang de collégiale et abrite un chapitre de cinq puis douze chanoines. Imbert de Batarnay meurt avant la fin de la construction mais son corps y est finalement inhumé un peu plus tard. À partir de 1700, avec la création de la paroisse de Montrésor, elle assure la fonction d’église paroissiale. À la Révolution française, alors que le chapitre de chanoines s’est fortement réduit depuis un siècle, les derniers d’entre eux se dispersent mais l’église, bien que pillée et victime d’importantes dégradations en 1793, conserve sa fonction paroissiale, qu’elle assure encore au xxie siècle.

Elle observe le plan assez original d’une croix de Lorraine. Si son architecture est marquée par la fin de l’époque gothique, son décor, extérieur comme intérieur, porte l’empreinte des débuts de la Renaissance française. L’église a fait l’objet de nombreuses restaurations et réparations, notamment dans la seconde partie du xixe siècle sous l’impulsion de la famille Branicki, et surtout de Xavier Branickimaire de Montrésor de 1860 à 1870 et généreux mécène pour sa commune. La restauration du tombeau des Batarnay est l’une des interventions les plus symboliques de cette époque, tout comme la décoration intérieure de l’église faisant appel à des tableaux de la Renaissance italienne ou de l’école classique.

Elle est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1840 ; elle renferme dix-neuf objets recensés dans la base Palissy des biens mobiliers protégés par le ministère de la Culture et de la Communication.

 

Historique

De la fondation au xviie siècle

Vers 1520, Imbert de Batarnay, seigneur de Bridoré et de Montrésor, conçoit le projet de fonder une collégiale dans laquelle lui et sa famille seraient inhumés. Son choix se porte tout d’abord sur Bridoré où il possède une forteresse médiévale et le projet avance dès mais, en 1521, pour des raisons inconnues, Imbert de Batarnay change d’avis et décide que la fondation se fera en définitive à Montrésor, non loin de son logis Renaissance, la chapelle castrale du xiiie siècle semblant sans doute trop exiguë ; la construction commence en . Imbert de Batarnay dote la collégiale « d’un collège de cinq chanoines prébendés tenus d’y chanter quotidiennement à notes une grande messe et les heures canoniales, avec deux jeunes enfants instruits à lire et à chanter » ; le nombre des chanoines est rapidement porté à douze. Imbert de Batarnay meurt en 1523. L’église en cours de construction n’étant pas encore apte à accueillir sa sépulture, il est inhumé dans la chapelle du château avant que son corps ne soit déplacé dans le chœur de la nouvelle collégiale ; la date du transfert de ses cendres n’est pas connue. L’église est consacrée le  par l’archevêque Antoine de Bar après achèvement du gros œuvre mais les travaux ne prennent fin qu’en 1541. Ils reprennent rapidement puisque vers 1550, sous l’impulsion de René de Batarnay, fils d’Imbert, une chapelle est construite contre le côté sud du chœur ; elle est dédiée à Notre-Dame-de-Lorette, en hommage à la Sainte Maison de Lorette, dans la province italienne d’Ancône, dont les pèlerinages sont alors réputés.

Aucune mention ne semble faite de dégâts causés à la collégiale récemment construite du fait des guerres de religion.

Dès 1680, face à la faiblesse des revenus de la collégiale, le nombre des chanoines est réduit à quatre ; à la même époque, en 1683, Isabeau de Savoie, belle-fille d’Imbert de Batarnay, élargit la possibilité d’inhumation dans l’église collégiale à tous les habitants de Montrésor , « à condition que le revenu qui en proviendra sera employé aux réparations de ladite église »6. En 1700, la paroisse de Montrésor est créée aux dépens de celle de Beaumont-Village et la collégiale Saint-Jean-Baptiste en devient le lieu de culte paroissial.

Le xviiie siècle et la Révolution française

Vers le milieu du xviiie siècle, divers travaux intéressent l’église comme la réparation, par deux fois, du clocher ou la suppression de certains autels.

En 1789, avec la Révolution française, le chapitre de chanoines est dissous et l’église est mise à la disposition de la Nation en application du décret du 2 novembre 1789. Le détail des événements survenus à Montrésor pendant la période révolutionnaire est mal connu, mais en 1793, l’église subit de nombreux dommages : le tombeau des Batarnay est démantelé mais une partie des fragments sont abandonnés sur place, les verrières fortement endommagées et les statues extérieures comme intérieures détruites ou mutilées ; deux des quatre cloches disparaissent. L’église reprend sa fonction paroissiale à la fin de la Révolution ; à compter de ce moment, l’ancienne chapelle Notre-Dame-de-Lorette fait office de sacristie.

De la grande restauration du xixe siècle à l’époque contemporaine

L’église fait partie des édifices classés par la liste des monuments historiques protégés en 1840 mais, en 1853, le maire de Montrésor écrit au préfet pour s’inquiéter de l’état de délabrement de l’édifice ; la même année, la société archéologique de Touraine envoie une commission enquêter sur l’état du tombeau des Batarnay démoli mais dont la plupart des éléments, plus ou moins endommagés, sont stockés dans l’église. D’importants travaux, en grande partie financés par le comte Branicki, ont lieu dans le seconde moitié du xixe siècle. Le clocher, en mauvais état, est démonté en 1861 ; sa reconstruction, temporairement interrompue en 1869 se termine en 1875. L’architecte Roguet en conduit la reconstruction, et une maquette du nouveau clocher est exposée au château de Montréso. La charpente et la couverture sont refaites en 1867-69. Le tombeau des Batarnay est restauré et remonté dans l’angle nord-ouest de la nef, en 1875, en même temps qu’une fenêtre, jusque-là murée, est ouverte à l’extrémité de la nef, au-dessus du portail pour éclairer le tombeau. La verrière qui la garnit est reconstruite à partir des éléments d’un ancien vitrail détruit en 1793. En 1877, le culte est de nouveau célébré dans la chapelle Notre-Dame-de-Lorette alors qu’une petite sacristie est construite au nord du chœur et, en 1883, le bras méridional du transept est restauré et meublé à partir de la chapelle Saint-Roch, autre édifice cultuel de Montrésor, désaffecté ; c’est désormais le bras sud du transept de l’église qui prend le nom de « chapelle Saint-Roch », la chapelle du bras nord étant dédiée à la Vierge.

La loi de séparation des Églises et de l’État du  confirme l’État dans sa propriété de l’église, mise à sa disposition en 1789. En 1919, le portail est refait ; le trumeau central, en mauvais état, est démonté et entreposé à l’intérieur de l’église.

Un accord intervenu en 2013 entre la municipalité de Montrésor et le diocèse de Tours, permet l’organisation de manifestations culturelles dans l’église.

En 2015, l’église Saint-Jean-Baptiste de Montrésor est l’un des huit lieux de culte de la paroisse de Montrésor, au sein de l’archidiocèse de Tours.

 

Architecture

L’édifice, dans sa configuration initiale avant la construction de la chapelle Notre-Dame-de-Lorette, adopte sensiblement la forme d’une croix de Lorraine, sa branche principale étant constituée par l’alignement du chœur et de la nef, la plus grande des branches transversales étant figurée par le transept et la plus petite par les chapelles latérales au chœur. L’église mesure 34 m de long, 8,70 m de largeur au niveau de la nef et 10 m de hauteur sous voûtes.

Comptant parmi les rares églises de Touraine construites au xvie siècle, associant architecture gothique et décor Renaissance, l’église a suscité l’admiration de Dorothée de Courlande, duchesse de Dino, qui décrit ainsi son passage à Montrésor le  lors d’un voyage en Touraine et dans le Berry en compagnie de Talleyrand :

« […] Nous nous sommes arrêtés ensuite à Montrésor, pour inspecter une des plus jolies églises de la Renaissance que j’ai vues ; elle est bâtie à côté d’un vieux castel, qui doit son origine au fameux Foulques Nera, le plus grand bâtisseur avant Louis-Philippe. »

— duchesse de Dino, Chronique de 1831 à 1862.

La façade et la nef

La façade flanquée de deux contreforts obliques s’ouvre par un portail formé de deux portes jumelles en anse de panier et séparées par un trumeau, surmonté d’un tympan de cinq niches à coquille abritant des statues. Un perron de cinq marches permet d’accéder à ce portail. Une verrière ouverte au-dessus du tympan éclaire la nef.

La nef unique, sans collatéraux, est composée de deux travées voûtées en ogive. L’emplacement des quatre verrières prévues pour éclairer la nef est simplement marqué et les arcatures en sont aveugles. Une porte simple, ouverte dans le flanc méridional de la première travée, offre un autre accès à la nef par un escalier de six marches. Une tourelle dont l’escalier est accessible à partir de la nef, à l’angle sud-ouest de l’édifice, donne dans les combles.

Des contreforts massifs renforcent la façade à chacun des angles ainsi que la nef et le chœur entre ses deux travées. Si, du côté sud de la nef, leur style est typique de la fin de l’époque gothique avec un double étage de pinacles et de volutes, au nord, le style Renaissance leur est clairement appliqué, et ils sont décorés de blasons dont beaucoup, martelés à la Révolution, sont difficilement identifiables ; il est même possible d’observer, au niveau du chevet, des contreforts « composites » comportant un étage unique de volutes et pinacles (gothique) surmonté d’un blason (Renaissance).

Le transept et les chapelles

Le transept est composé, de part et d’autre de la nef, d’une seule travée dont les angles extérieurs sont épaulés par des contreforts. Son croisillon sud est dédié à saint Roch.

Deux chapelles seigneuriales s’ouvrent dans la dernière travée du chœur ; elles sont reliées au bras du transept correspondant par un couloir parallèle à la nef ; ce dispositif, appelé « passage berrichon », permettait aux châtelains de gagner leurs chapelles sans traverser le chœur et sans perturber le déroulement des offices. Ces deux chapelles ont été, dans un premier temps, couvertes de terrasse pour ne pas obstruer la vue des verrières qui les surplombent dans le chœur ; ce n’est qu’ensuite qu’elles furent voûtées, probablement en même temps que la chapelle Notre-Dame-de-Lorette était construite.

La chapelle Notre-Dame-de-Lorette, utilisée comme sacristie après rétablissement du culte, mesure 9 × 4 m et ses angles extérieurs sont pourvus de contreforts. Elle est accessible par une porte Renaissance pratiquée au fond de la chapelle seigneuriale sud.

Le chœur

Le chœur est composé de deux travées et les chapelles latérales s’ouvrent dans la seconde. Il se termine par une abside à cinq pans, épaulée par quatre contreforts plaqués. Cette abside était à l’origine éclairée par cinq verrières (une par pan) mais les deux extrêmes ont été condamnées. Une dalle, au sol, au centre du chœur, marque l’emplacement du caveau de la famille Batarnay, surmonté, jusqu’à la Révolution, par le mausolée ; ce caveau renfermait alors les corps d’Imbert de Batarnay et d’autres membres de sa famille, dont Anne de Joyeuse.

Il est probable qu’un jubé, disparu à une date inconnue, assurait la séparation « physique » entre le transept et le chœur.

Les voûtes, la toiture et le clocher

Les voûtes des croisillons et de l’abside sont établies sur croisées d’ogives avec liernes et tiercerons ; celles de la nef du chœur ne comportent que des demi-liernes interrompues par des médaillons, trahissant l’évolution du style de décor ; enfin celles des chapelles sont couvertes de berceaux en plein cintre à caissons, dont plusieurs sont décorés de bas-reliefs, et celles des couloirs latéraux de berceaux simples. Toutes les clés de voûtes sont décorées d’un blason aux armes des Batarnay.

L’église est couverte en ardoise et, sur chacun des deux pans du toit, deux lucarnes ajoutées au xixe siècle permettent d’assurer la ventilation des combles. Un clocher d’ardoise sur charpente en bois surplombe la croisée du transept alors qu’un lanternon hexagonal terminé par un dôme également couvert d’ardoise est installé au faîte de la toiture du croisillon sud du transept.

Décor et mobilier

Le décor extérieur

Une frise court en partie haute des murs tout autour de l’église. Elle est décorée de médaillons portant soit des têtes historiques, soit des armoiries ; ces motifs ont été recopiés pour la décoration de certains éléments intérieurs.

Trois niches vides de leurs statues prennent place au-dessus de la porte latérale. Cet ensemble est surmonté d’un tympan gravé représentant des scènes de la vie de Jésus. Trois niches, vides de leurs statues, surmontent la porte.

Le tympan surmontant le portail principal est pourvu de niches séparées par des colonnettes et abritant des statues, pour la plupart décapitées ou mutilées à la Révolution, mais dans lesquelles des personnages de la Bible (apôtres, évangélistes…) sont malgré tout reconnaissables.

Les sculptures et le décor extérieurs semblent avoir été exécutés entre 1530 car les armes conjointes de René de Batarnay et d’Isabeau de Savoie se retrouvent dans ces décors et 1530 est la date probable de leur mariage, et 1541 puisque cette date est mentionnée dans deux inscriptions sur l’ancien trumeau du portail principal.

La diversité des thèmes des sculptures et leur répartition apparemment aléatoire dans le décor extérieur de l’église suggère qu’aucun plan n’était clairement défini pour la décoration et, qu’au contraire, les artistes ont laissé une grande part à leur inspiration du moment.

Le tombeau des Batarnay

Le tombeau des Batarnay qui était situé au milieu du chœur, a été démoli en 1793, mais de nombreux fragments en ont été récupérés et cachés dans le caveau que surmontait le monument. L’entrée de ce caveau est fortuitement mise au jour à la faveur de travaux sous la Seconde Restauration et les fragments du tombeau entassés dans les chapelles et le transept. Une commission de membres de la société archéologique de Touraine se rend sur place en 1853 pour évaluer la faisabilité d’une restauration du tombeau. De manière provisoire, les gisants ont été replacés sur une planche horizontale reposant sur des parpaings et les statues préservées ont été remises à leur emplacement initial ; toutefois, cette restauration provisoire se heurtant à l’opposition de la commission des monuments historiques, l’ensemble est démonté et les vestiges du tombeau remis à l’abri ; un autre projet, un peu plus tard, subit le même sort. Ce n’est qu’en 1875 que sous l’impulsion de la comtesse Branicka, le tombeau peut être restauré par l’architecte Roguet et le sculpteur Breuil, comme en témoigne une inscription sur le monument. Cependant, au lieu de prendre place, comme auparavant, au milieu du chœur, il est installé dans la nef, à gauche du portail principal, pour que la célébration des offices soit facilitée. En outre, faute de description du tombeau dans sa configuration originale, il est impossible de savoir s’il a été restauré à l’identique.

Le massif du monument, sur plan carré de 2,3 m de côté, mesure 1,05 m de haut. Le soubassement du tombeau est creusé de niches soulignées par des colonnettes et des arcs. Ces niches sur fond de marbre noir abritaient, avant la Révolution, des statuettes en albâtre représentant les Douze Apôtres et les Quatre Évangélistes ; seules douze d’entre elles ont pu être remises en place, après restauration à la suite des mutilations de la Révolution (décapitation, bien souvent) et quatre sont manquantes ; le côté nord du tombeau, qui regarde le mur de la nef, en est totalement dépourvuLAB 13. Sur une épaisse dalle d’ardoisesont déposés trois gisants en marbre blanc : au centre, Georgette de Montchenu, morte et inhumée à Bloisen 1511, dont les pieds reposent sur deux griffons ; à sa droite, son mari Imbert de Batarnay, mort en 1523, dont les armes sont soutenues par deux lions et à sa gauche leur fils François de Batarnay, mort en 1513 dans des combats en Picardie, dont les pieds s’appuient sur un lévrier. Quatre anges agenouillés portant les armoiries des familles de Batarnay (Écartelé d’or et d’azur) et de Montchenu (De gueules à la bande engrêlée d’argent) ornent les quatre coins du mausolée. La finesse et la précision des traits des gisants suggère qu’ils ont peut-être été réalisés d’après des moulages effectués sur les corps.

  • Anne de Joyeuse, descendant des Batarnay et son frère Claude, tués à la bataille de Coutras reposent également dans la collégiale.

Si l’exécution des gisants a pu être attribuée à l’atelier de Michel Colombe et de ses successeurs comme Guillaume Regnault, ou à Martin Claustre, les statuettes du soubassement sont plus probablement l’œuvre de l’école italienne.

Les verrières

Lors de la construction de l’église, dix-huit baies étaient prévues. Seules quatre d’entre elles sont totalement ouvertes, une en façade et trois dans l’abside, six autres ne sont ouvertes qu’en partie haute, les huit dernières n’ayant jamais été percées ou ayant été murées ultérieurement, peut-être pour des raisons de solidité de l’édifice. La fenêtre centrale du chœur est décorée d’une belle verrière du xvie siècle représentant la Passion et la Crucifixion ; c’est ainsi que la nef n’est éclairée que par une seule baie, en façade. La verrière située au-dessus du portail d’entrée est partiellement reconstituée à partir de fragments d’un vitrail de l’église initialement placé dans le chœur et datant également du xvie siècle, détruit en 1793 ; elle représente saint Pierresaint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste. Ces vitraux peuvent être attribués, de par leur style, à l’atelier du maître-verrier tourangeau Robert Pinaigrier ; la restauration du vitrail de façade est l’œuvre d’Eugène Oudinot. Les autres verrières sont garnies de verre blanc ou au décor simple, qui ont remplacé vers 1842 les vitraux trop endommagés.

La chapelle Notre-Dame-de-Lorette (sacristie) prend jour à l’extérieur par une ouverture sur son côté ouest. Cette ouverture est munie d’un vitrail du xve siècleMH 5, provenant probablement de l’ancienne chapelle castrale détruite en 1845.

Les tableaux et statues intérieure

Dans la chapelle nord est exposé un tableau de 1636 attribué à Philippe de Champaigne représentant l’Annonciation, don du comte Branicki ; ce tableau a fait l’objet d’une restauration en 200225. Le cardinal Joseph Fesch, grand collectionneur, avait amassé plusieurs milliers de tableaux. Après sa mort, entre 1841 et 1845, sa collection est dispersée et Xavier Branicki en rachète une partie. Il fait don de quatre de ces tableaux, de l’école italienne du xvie siècle à l’église de Montrésor dans la nef de laquelle ils sont exposés. Ces quatre tableaux, représentant des scènes de la Passion du Christ : Ecce homoFlagellationMise au tombeauRésurrection, sont attribuables à Marcello Fogolino qui a pu s’inspirer pour ces œuvres, comme pour d’autres, des peintures d’Albrecht Dürer.

Le long des murs de la nef et du chœur, quatorze bas-reliefs en pierre représentent les stations du chemin de croix.

Le croisillon sud abrite une statue en terre cuite représentant saint Roch identifiable grâce au chien qui l’accompagne (à la Révolution, l’animal a été décapité et saint Roch a perdu un bras et une jambe). Cette statue provient de la chapelle Saint-Roch, située à Montrésor ; la chapelle a été désaffectée à la Révolution mais la statue y est demeurée jusqu’aux années 1980, d’abord à l’intérieur, puis dans une niche extérieure à la façade. Sur le mur opposé du croisillon du transept est accrochée une toile de la fin du xviie siècle, dont l’auteur est inconnu, et qui représente saint Blaise. Dans la sacristie, une statue en bois de Notre-Dame de Lorette du xvie siècle subsiste au-dessus d’un autel, rappelant que ce lieu était autrefois une chapelle dédiée à cette sainte5. Entre le grand portail et la verrière qui le surplombe, une niche abrite une statue de Catherine d’Alexandrie. Enfin, une statue du Christ en bronze doré ciselé, du xiie siècle, est exposée dans le chœur.

Les autres mobiliers

Les stalles du xvie siècle, dans lesquelles prenaient place les chanoines du chapitre pendant les offices, sont installées des deux côtés du chœur, de part et d’autre des chapelles seigneuriales ; elles offrent 21 places. Elles sont décorées de médaillons reprenant pour la plupart les motifs de la frise extérieure de l’église et pourvues de miséricorde permettant aux chanoines de prendre appui sur elles pendant la partie des offices où ils sont debout.

Avant la Révolution quatre cloches étaient installées dans le clocher de l’église. Deux d’entre elles ont disparu, refondues en 1793. La plus imposante des deux cloches restantes, fondue en 1599, pèse 635 kg ; la seconde, fabriquée en 1583, pèse 232 kg.

Outre la statue de saint Roch, le croisillon sud du transept abrite divers mobiliers provenant de la même chapelle, comme un autel ou un retable.

Une croix d’autel en cristal de roche, provenant peut-être du château de Versailles ainsi qu’un buste portant un médaillon évidé permettant d’y enchâsser des reliques font également partie des objets protégés au titre des monuments historiques.

L’une des quatre calottes que le pape Jean-Paul II a données au cours de son pontificat fut offerte à un séminariste de Montrésor. La famille de ce dernier l’a mise à disposition de la paroisse qui l’expose dans une châsse dans l’église de Montrésor.

Inscriptions murales et graffitis

Les parois des couloirs reliant les croisillons du transept aux chapelles seigneuriales sont presque entièrement recouvertes de graffitis gravés dans la pierre, la plupart étant des ex voto ou de simples témoignages du passage d’un visiteur. Sur les parois des croisillons du transept, les inscriptions sont plus rares, relatant plutôt des évènements marquants de l’histoire de l’église. C’est ainsi qu’il est mentionné que

« LE 20 DE IVILLE [JUILLET]
16.60. [1660] LE. TONN RRE [TONNERRE]. TOMBA. SVR. LE
CLOCHIER »

Château de Montrésor 4/4

Décor et ameublement

Le logis principal

Xavier Branicki a accumulé dans le château de nombreux œuvres et objets d’art, comme en témoigne Jacques-Marie Rougé :

« Là sont abrités des tableaux de maîtres, particulièrement de Tony Robert-Fleury ; des portraits dont un Winterhalter, et enfin un trésor venu de Pologne (dont) des hanaps d’argent ayant appartenu à Sigismond II, roi de Pologne, et un grand plat d’or repoussé rappelant par ses personnages en relief la victoire de Sobieski sur les Turcs, offert au Polonais vainqueur lors de son entrée triomphale à Vienne. »

Le logis Renaissance est remeublé au milieu du xixe siècle et aucune modification n’y a été apportée depuis. Si le mobilier de style Second Empire domine avec par exemple des commodes en ébène inspirées d’André-Charles Boulle, des meubles de la Renaissance italienne sont également présents, comme un buffet à cachettes ayant appartenu à la famille de Médicis.

Le roi de Pologne Jean Sobieksi prit une part décisive dans la victoire aux côtés des Autrichiens face aux Turcs qui menaient le siège de Vienne en 1683. En remerciement, la ville de Vienne lui offrit des pièces de vaisselle et d’orfèvrerie de très grande valeur, que Xavier Branicki put récupérer pour les rapporter à Montrésor. Ces pièces, ainsi que d’autres comme un plat en or de 10 kg, des vestiges archéologiques trouvés lors des travaux au château ou ramenés d’Égypte, des cristaux de Murano des xviiie et xixe siècles, des bibelots pris aux Turcs après la bataille de Vienne, constituent un véritable trésor.

 

Parmi les très nombreuses œuvres d’art se trouvent des peintures des primitifs italiens (La traversée de la Mer Rouge, par Filippino Lippi), des portraits de membres de la famille Branicki, dont plusieurs exécutés par Franz Xaver Winterhalter, un tableau de Véronèse gagné lors d’une partie de cartes contre le prince Jérôme Bonaparte ou un fusain d’Artur GrottgerLe Génie de la Musique (1860) ; des bas-reliefs en chêne sculptés par Pierre Vaneau évoquent eux aussi l’histoire de Jean Sobieski. L’histoire de la Pologne est bien sûr représentée, avec Varsovie, 8 avril 1861, un tableau de Tony Robert-Fleury.

Près d’une fenêtre, une urne renferme le cœur de Claude de Batarnay, arrière-petit-fils d’Imbert de Batarnay, mort en 1567 à la bataille de Saint-Denis. Jusqu’à la Révolution, cette urne se trouvait dans l’église Saint-Jean-Baptiste.

De nombreux trophées de chasse européens, asiatiques ou africains ainsi que des collections d’armes blanches ou à feu ornent les murs, témoignant de la passion de Xavier Branicki en ce domaine.

Le parc

Outre une orangerie rajoutée en prolongement des communs vers l’est, le parc a été entièrement redessiné et réaménagé dans la seconde moitié du xixe siècle et planté d’espèces exotiques ; il recèle également deux œuvres de sculpteurs célèbres : L’ange déchu de Costantino Corti (1869) et, plus symbolique, une copie de la statue Le soldat mourant de Jules Franceschi, (1862) qui, au cimetière de Montmartre, décore la tombe de Mieczysław Kamieński.