Chapelle de Kerfons

Sur les bords du Guer, parmi des éboulis de châteaux et de donjons, somptueux débris de la puissance féodale, la chapelle de Kerfons semble poursuivre quelque méditation solitaire, dans l’ombre reposante d’un bosquet de châtaigniers. Ce monument abrite les restes des seigneurs de Coatfrëc, et sur l’un des tombeaux apparents du choeur se lit encore l’inscription suivante : «  L’an MDCXXXII (1632 fut enterrée noble demoiselle Françoisse de la Touche, (fille d’un des derniers occupants du château) ». Si l’ombre de l’un de ces seigneurs, vétéran des armées d’un duc de Bretagne ou d’un roi de France, sortait d’une tombe de cette chapelle mortuaire pour nous conter l’histoire de la vallée du Guer et des châteaux de Coatfrëc, Kergomar, Tonquédec ou Runfaou, cette ombre nous révélerait aussi — au moins sous forme d’épisode — l’origine et la fondation de la chapelle de Kerfons ; mais les mânes de ces vieux preux demeurant aussi muets que la tradition et l’histoire, nous devons nous borner à décrire, avec quelques détails, ce monument justement renommé [Note : A proximité de la chapelle existe encore l’habitation du gouverneur du pélerinage de Kerfons qui percevait, au moment de la Révolution, une rente de 1 200 livres. Dans l’enclos, on remarque un calvaire ancien et d’une certaine valeur artistique].

I. La Chapelle vue de l’extérieur.

Dans sa partie principale, la chapelle remonte à la fin du XVème siècle ou au commencement du XVIème, mais le transept ou chapelle latérale, placé à droite du monument, porte la date de 1559.

La façade méridionale est flanquée de six contreforts et couronnée d’une élégante corniche reposant sur des corbelets taillés en consoles. Sur l’un des contreforts qui ornent les angles du transept, se remarque la plus gracieuse niche classique de notre région. Entre les contreforts cylindriques du transept s’ouvre une haute fenêtre classique, malheureusement déparée par une rosace à trois cintres et neuf impostes en équerre avec les meneaux.

La façade de ce transept est percée d’une porte classique, flanquée de deux colonnes corinthiennes et surmontée d’un fronton nous présentant en bas relief le buste d’un personnage qui fut vraisembablement le fondateur de cette chapelle latérale construite en 1559. La tradition populaire le désigne sous le nom de « Joseph Faudel, seigneur du Moulin de Papier » et attribue son attitude écrasée à la lourde tâche qu’il assuma du fait de cette construction. Au dessus, une petite niche Renaissance est finement sculptée de guirlandes de fruits et de fleurs. Au-dessous, le vantail de la porte représente la scène de l’Annonciation.

Au dessus de cette fenêtre, le pignon est couronné d’une sorte de campanile reposant sur quatre colonnes corinthiennes élégamment sculptées et encadrant quatre panneaux couverts de bas reliefs qui représentent deux hommes et deux femmes.

A l’endroit de la nef, cette façade est flanquée de trois fenêtres flamboyantes, dont les meneaux, les rosaces, les jambages et les ogives ont les parois aussi lisses et les arêtes aussi vives que celles du bois poncé. Une de ces fenêtres est décorée à l’intérieur et à l’extérieur d’une guirlande de vigne, sculptée avec une exquise correction et dont le relief de douze centimètres rampe autour des jambages et de l’ogive de cette gracieuse verrière.

La façade orientale est percée de trois fenêtres dont la première éclaire le transept que nous venons de décrire. Cette fenêtre a deux compartiments et un arceau en ogive, avec rosaces en volutes de la Renaissance. La seconde fenêtre est la maîtresse vitre, distribuée en quatre compartiments par de légers meneaux qui supportent, en se surplombant, l’une des plus intéressantes rosaces de nos contrées ; la parenté entre cette verrière et celles du haut des nefs de l’église de Plouaret est frappante. Le dessin de la rosace figure trois grands coeurs dont deux inférieurs portent le troisième ; le détail d’ornementation intérieure des trois est uniforme et représente des quatre feuilles à pointes aigües, de petits coeurs et de petites larmes.

Quelques sujets de vitraux peints donnent à cette verrière une expression parlante et religieuse ; les scènes qui remplissent les compartiments appartiennent à l’Histoire Sainte : la Visite de la Vierge à Sainte Elisabeth, la Nativité, l’Adoration des Mages et enfin le vieillard Siméon prenant le Christ entre ses bras. Un Père Eternel est le seul sujet biblique figurant dans la rosace. Six autres personnages font flotter de longues banderoles sur les agencements de leurs robes traînantes ; nous croyons y voir des sibylles affublées d’un costume du XVIème siècle.

Tous ces vitraux ont été colorés par l’application des émaux à la surface du verre et sont loin de produire l’effet des brillantes verrières où les émaux sont incorporés au verre lui même. Quant aux dais et autres décorations qui encadrent ces vitraux, ils sont classiques et par suite ne se marient guère au style de la verrière.

La troisième fenêtre de la façade orientale, quoique plus pauvre que la maîtresse vitre, est flamboyante comme elle. Ses trois compartiments représentent : le Christ, la Vierge et Saint Jean.

La façade nord de la chapelle de Kerfons n’offre qu’un intérêt fort médiocre ; quelques contreforts et la fenêtre flamboyante du transept sont ses seuls ornements — à moins qu’on ne veuille accorder quelque grâce au bâtiment classique accolé au collatéral en guise de chapelle latérale ; ces sortes d’échoppes avaient pour destination primitive de servir d’hôtellerie au clergé qui venait célébrer l’office divin, ou d’offrir un refuge aux pélerins.

La façade occidentale est percée d’une porte ogivale surmontée d’un élégant campanile de la période flamboyante, qui se termine en pyramide un peu conique et à quatre côtés. Quatre lions font l’office de gargouilles aux angles de la pyramide. Jadis ces quatre lions servaient de soubassement à quatre légers clochetons dont la hardiesse devait être du plus heureux effet ; aujourd’hui, ceux ci sont découronnés et laissent la pyramide dans un isolement qui la dépare quelque peu.

II. Intérieur de la Chapelle.

Pénétrons maintenant dans l’intérieur de la chapelle.

A peine en a-t-on franchi le seuil que s’offre au regard la plus gracieuse et la plus légère colonnade de nef de nos chapelles bretonnes. Les piliers affectent la forme d’un trèfle à quatre feuilles, taillées et découpées avec autant de hardiesse que d’élégance ; les gorges y sont fouillées à 27 centimètres de profondeur et semblent vouloir détacher à jour, en forme de cylindres, les colonnettes figurées par les quatre feuilles. Les extrados et les intrados des ogives reposent sur des chapiteaux à moulures prismatiques de la dernière période de l’architecture flamboyante.

A droite de la nef, dans le transept, construit en 1559, se remarque une charpente apparente qui nous offre un curieux échantillon de la décoration des voûtes au XVIème siècle : un fond bleu uniforme recouvre le lambris ; les pièces de charpente apparentes sont polychromées en clair, tandis que les couvre joints et les sculptures présentent des tons divers s’enlevant sur le fond.

III. Les Autels.

Le maître autel, dont le coffre est en granit, repose sur quatre pilastres qui distribuent le frontispice de l’autel en trois panneaux en équerre. Le rétable est en bois et figure une tour lourde et massive, ornée de statuettes de médiocre mérite. Du côté de l’épître se trouve une crédence qui participe de l’élégance et de la richesse du monument ; à son ogive, à ses colonnettes et à ses clochetons, on reconnaît le XVème siècle, époque à laquelle semble bien remonter la construction de la nef et aussi celle du jubé.

Entre les autels collatéraux — en granit — nous remarquons celui de Saint Yves. Quatre pilastres cannelés, ornés de chapiteaux, contournés en volutes, soutiennent le coffre. Le retable est en bois et appartient à la Renaissance, ainsi que l’indiquent ses formes.

L’inscription suivante figure sur la besace du pauvre dans le tableau de l’autel : « Fut pour les pauvres M. St Yves. advocat (1692) ».

La touche de ce tableau présente une sorte de rudesse, mais les expressions des personnages nous ont paru heureuses ; on peut cependant regretter que l’auteur ait commis un anachronisme vestimentaire en affublant un seigneur du XIIIème siècle d’un costume du XVIIème siècle.

IV. Le Jubé.

A l’entrée du transept, au haut de la grande nef, se dresse le magnifique jubé, aujourd’hui de réputation universelle et d’une ornementation assez riche pour soutenir le parallèle avec les meubles les plus renommés que nous ait laissés le Moyen Age.

Ce jubé figure une grande tribune supportée par six piliers cylindriques cannelés, sculptés en spirales et formant une grille qui ferme le choeur en guise de cancel à la naissance du transept.

Des feuillages, des perles, des cordages et d’autres ornements tressés en guirlandes rampent sur ces piliers et suivent les sinuosités des cannelures. L’ensemble de cette grille est distribué en quatre fenêtres flamboyantes et une porte qui forment cinq baies d’une régularité symétrique.

Les dessins des rosaces se composent de larmes et de coeurs et les ogives qui les enserrent sont couvertes de feuilles frisées et de croix gothiques sculptées avec une remarquable correction. Les jambages et l’imposte de la porte ont reçu une ornementation encore plus achevée ; les sculptures y sont fouillées avec plus de relief et les tiges, découpées à jour, sont d’une légèreté et d’un fini vraiment rares. Au lieu d’avoir ses angles en équerre, l’imposte figure deux doucines en accolade, et la tribune est supportée par nombre d’arceaux dont les nervures et les pendentifs s’intersectent et s’enlacent avec un art achevé.

Le parapet ou la galerie, qui regarde le choeur, est divisé par de légers clochetons en treize compartiments. Une grande fleur, qui développe et entrelace capricieusement ses tiges et ses pétales, couvre chacun des panneaux ; au dessus de la fleur, deux doucines en accolade, décorées de feuilles frisées et d’une croix gothique, couronnent et complètent l’encadrement.

Du côté de la nef, la galerie se compose de quinze niches flanquées de clochetons et couronnées de dais gothiques découpés à jour comme la plus délicate dentelle. Les bas reliefs représentent les Apôtres, Sainte Barbe et la Magdeleine. Les attitudes de ces figurines ne laissent rien à désirer et les draperies sont agencées avec correction ; seule, l’expression des visages appelle quelques réserves.

Les socles et les rampes qui forment le grand encadrement des deux galeries sont couverts de vignes dont les tiges et les grappes ajourées soutiennent la comparaison avec les plus finies et les plus délicates frises que nous connaissions en ce genre.

L’escalier, en limaçon, est littéralement couvert de sculptures représentant diverses fleurs ou plantes de notre sol.

En résumé, dans son ensemble comme dans ses détails, par la variété, la délicatesse de ses ornements, de ses gravures, de ses découpures, par toutes les fantaisies d’une imagination libre et inépuisable, par son caractère architectonique uniquement religieux, le jubé de Kerfons se classe parmi les plus remarquables meubles d’église que nous ait légués le Moyen-Age.

Des jubés bretons, il est aussi le plus complet [Note : Un Christ couronnait autrefois le jubé. Le socle de la croix étant pourri, ce Christ fut enlevé vers 1905 ou 1906 et déposé sur la tribune du jubé. Il a disparu depuis lors ; souhaitons qu’il reprenne, au plus tôt, sa place d’honneur dans ce merveilleux ensemble] et n’a pas subi de restaurations. Il nous offre en outre « un exemple des plus intéressants de la peinture sur bois aux XVème et XVIème siècles ». La peinture du jubé de Kerfons est de l’époque : « Elle est exécutée à la colle et appliquée sur une légère couche de plâtre, ainsi que cela se faisait alors pour la décoration sur bois » (Extrait de : La Peinture décorative en France du XIème au XVIème siècles, par Gélis-Didot et Soffillée).

Y toucher serait donc commettre un sacrilège artistique.

Quelle est l’origine de ce magnifique travail que la modestie de son auteur prit à tâche de laisser dans un éternel oubli ?

L’intime parenté qui existe entre ce jubé et les anciens mobiliers des châteaux de Runfaou et de Rosambo permet de croire que ce jubé est lui même sorti des ateliers de sculpture de ces puissantes Maisons, ainsi que la remarquable crédence — malencontreusement lavée et dépouillée de sa peinture — de la chapelle de Saint Gonéry, en Plougrescant.

De même que Shakespeare qui naquit et grandit sous le chaume d’un village, – de même que Virgile qui voulut demeurer le modeste citoyen d’une grosse bourgade, ainsi l’artiste de premier plan qui dessina et sculpta au XVème siècle le jubé de Kerfons n’était autre qu’un obscur artisan de notre région, et cet homme eût sans doute dédaigné de quitter son pauvre foyer pour gagner la grande ville et se perfectionner dans son art, en illustrant son nom.

Rendons hommage à sa mémoire en constatant simplement que le génie élit domicile au village comme dans la grande cité. (Notice descriptive de 1936).

Etabli, comme son nom l’indique en breton, dans un hameau autrefois planté de hêtres, Kerfaoues, ce petit sanctuaire, fondation des seigneurs de Coatfrec (ou Coëtfrec), date des XVème et XVIème siècles. Il a la forme d’un tau, le vaisseau étant flanqué au nord et au sud de deux chapelles en ailes, plan classique des monuments religieux du Trégor. La nef et la chapelle nord (premier quart du XVème siècle) sont de style ogival flamboyant et la chapelle méridionale (1559) de style Renaissance.

Un petit clocher-mur surmonte le pignon de la façade occidentale. A l’angle sud-ouest, une niche avec dais Renaissance abrite une statue de saint Yves. Le pignon méridional est surmonté d’un pinacle également de style Renaissance : c’est une sorte de clocheton carré terminé sur chaque face par de petits frontons triangulaires sous chacun desquels se trouve une statue.

L’accès se fait du côté méridional par une porte en arc brisé. Une porte Renaissance en plein cintre surmontée d’un fronton triangulaire donne accès dans la chapelle méridionale.

Au sud de la chapelle est un calvaire à fût écoté représentant à l’ouest la crucifixion et à l’est la Vierge à l’Enfant, Marie-Madeleine et Saint Pierre.

 La partie la plus remarquable de la chapelle se trouve à l’intérieur avec un jubé de style gothique flamboyant daté de 1485, c’est-à-dire qu’il est contemporain de la majeure partie de l’édifice. Il est l’oeuvre d’un atelier morlaisien. Il comprend cinq arcatures en arc brisé aigu séparées par des colonnes torsadées.

Le jubé sculpté et peint en bois polychrome est classé monument historique depuis le 20 mars 1899, l’ensemble de la chapelle depuis le 8 juillet 1910 et le reste du mobilier depuis le 3 avril 1975.

La tribune est divisée, du côté de la nef, en quinze niches dans chacune desquelles se trouvent des panneaux sculptés polychromes. Ces bas-reliefs représentent le Christ, les douze apôtres, sainte Barbe et sainte Madeleine. Au-dessus de la tribune, on voit les statues de la Vierge et de saint Jean.

La chaire est datée de 1681

La frise basse de la tribune est décorée d’anges qui portent les attributs de la Passion.

 Le mobilier comprend en outre plusieurs statues anciennes dont une Annonciation du XVIème siècle et une superbe représentation de la Vierge, Notre-Dame de Kerfons.

Le maître-autel date de 1686. Voici quelques éléments du maître-autel :

Les chapelles latérales sont parsemées de dalles funéraires. Le retable de la chapelle latéral sud (1612) est orné d’un tableau représentant saint Yves entre le riche et le pauvre.

La chapelle de Kerfons est un des plus beaux joyaux architecturaux que nous ait légué le Moyen-Age en Bretagne.

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