Château de Chambord 3/8

 

Architecture

L’édifice original s’articule autour de l’escalier central à double-hélice, point de symétrie centrale. Chaque étage s’organise en quatre logis identiques (appelés cantons), ainsi, si le bâtiment avait dû effectuer une révolution de 90°, il s’en trouverait inchangé. Un logis, prévu pour recevoir un seigneur, sa famille et ses domestiques, est construit de la rencontre d’un cercle et d’un carré. Enfin, tout le château (futur donjon) s’inscrit dans une trame orthogonale avec l’escalier central comme unité.

Conçu sur le modèle médiéval des châteaux forts avec son enceinte et ses grosses tours d’angle, il est nettement inspiré par le style gothique (ornementation des parties hautes qui s’élancent dans le ciel avec les cheminées et les tourelles d’escalier), mais il possède surtout une silhouette très spécifique qui en fait l’un des chefs-d’œuvre architecturaux de la Renaissance : 156 mètres de façade, 56 mètres de hauteur, donjon de 44 mètres, 426 pièces, 77 escaliers, 282 cheminées et 800 chapiteaux sculptés.

Si plusieurs architectes ont travaillé à l’édification du château – dont le projet initial fut remanié par l’ajout d’ailes au donjon – il n’existe aucun document d’époque mentionnant le nom du ou des architectes originaux, à l’exception de François Ier qui fut personnellement impliqué dans la conception du bâtiment. Cela étant, il est probable que Chambord soit sorti en partie de l’imagination féconde de Léonard de Vinci, qui travaillait alors comme architecte de la cour de François Ier ; il mourut en effet quelques mois avant le début du chantier en 1519 au Clos Lucé d’Amboise. En effet, parmi les dessins que Vinci laissa, celui des escaliers à double-hélice a notamment été retrouvé, ainsi que des structures en croix grecque – deux éléments caractéristiques du projet initial du château de Chambord. Il est aussi probable que l’assistant de Vinci, Dominique de Cortone, ait collaboré : dès 1517, il manufacture la maquette en bois qui sera retrouvée à Blois par l’architecte de Louis XIV, Félibien.

Le chantier de Chambord fut l’un des plus importants de la Renaissance. Environ 220 000 tonnes de pierres sont nécessaires. À défaut de pouvoir dévier le cours de la Loire, selon le vœu de François Ier, le Cosson a finalement été détourné par un canal qui alimente les douves.

La vie au château était rude, d’autant qu’il fut construit sur des marécages. Beaucoup d’ouvriers moururent de la fièvre pendant la construction. Les charpentiers auraient enfoncé des pilotis de chêne jusqu’à 12 mètres de profondeur, afin d’établir les fondations du château sur un solide pilotis au-dessus de l’eau. Des fouilles préventives réalisées en février 2007 révélèrent néanmoins que la tour sud-ouest s’appuie sur un enrochement calcaire. Ces fouilles mirent aussi au jour une structure circulaire en moellons, vestiges d’une tour du château médiéval qui s’y élevait avant la construction de l’actuel château.

Des chariots arrivèrent du port de Saint-Dyé pour décharger tous les matériaux et en particulier la pierre de tuffeau utilisée pour la construction ; c’est une pierre blanche, tendre et friable. Les tailleurs de pierre, comme les autres ouvriers, n’avaient pas de salaire fixe et étaient payés « à la tâche » : ils étaient des tâcherons. Sur chacune des pierres qu’ils taillaient, ils gravaient leur marque. Cette signature permettait au trésorier d’évaluer leur travail et de les payer ; elle se retrouve sur certaines pierres n’ayant pas été graffitées par la suite lors de l’ouverture du château au public.

Le plan centré du château repose sur un corps central parfaitement carré en croix grecque, comme celui de plusieurs églises italiennes de l’époque, dont la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome construite au même moment. Cela dit, ce plan restait jusque-là rarement utilisé pour des bâtiments laïques. Ce corps central, conçu initialement comme bâtiment unique du château (cf. le plan annoté en légende), sera appelé par la suite le « donjon » car même s’il n’a jamais eu aucune vocation à la défense, François Ier remaniera assez vite le plan du château de Chambord par l’ajout de deux ailes, ainsi que d’une enceinte, se calquant sur le modèle des châteaux forts du Moyen Âge. La particularité est la rigoureuse orientation des diagonales de son donjon suivant les axes nord-sud et est-ouest ; ses tours marquant exactement les quatre points cardinaux. Ce donjon quadrangulaire avec quatre tours d’angle circulaires (dernier château royal à adopter cette disposition) orientées vers les quatre points cardinaux, est organisé à partir d’une salle en croix séparant quatre cantons pourvus chacun d’un appartement à chaque étage.

Les anomalies dans la symétrie du plan actuel du donjon ont été l’objet de nombreuses interrogations. Elles ont longtemps été attribuées à une « initiative malheureuse des bâtisseurs », des maladresses de chantier ayant contrarié une symétrie de plan originelle se déployant de part et d’autre des vestibules en croix selon une symétrie axiale. Cette hypothèse a longtemps constitué l’interprétation la plus répandue.

Confirmant une proposition avancée dès 1973 par Michel Ranjard, les résultats des recherches archéologiques menées au début du XXIe siècle par Caillou et Hofbauer ont établi que les anomalies du plan du donjon constituent les vestiges d’un projet initial volontairement asymétrique en façade, et organisé selon une symétrie centrale autour du grand escalier (disposition en « svastika » dite aussi en « ailes de moulins »). Il est probable que ce bâtiment hélicoïdal devait à l’origine comporter un escalier central à quatre volées, non réalisé mais décrit ultérieurement par John Evelyn et Andrea Palladio.

Rappelant les travaux de Léonard de Vinci sur les turbines hydrauliques ou l’hélicoptère, ce plan rotatif particulièrement dynamique et sans équivalent connu pour cette époque aurait ainsi constitué le premier projet, lors de l’ouverture du chantier de Chambord en 1519. La mise au jour d’anciennes maçonneries dans le sous-sol du donjon et les prospections géophysiques menées par Caillou et Hofbauer en 2003 indiquent que ce premier projet fut abandonné alors que les fosses d’aisance du donjon étaient presque achevées. Cette symétrie novatrice aurait été abandonnée dans le cadre de l’ajout des ailes et de l’enceinte.

À l’intérieur du donjon, se trouvent cinq niveaux habitables. Il y a quatre appartements carrés et quatre appartements dans les tours rondes par niveau. Entre les appartements, quatre couloirs venant des « quatre parties du monde » (découpées par les deux axes nord-sud et est-ouest) mènent à l’escalier à double révolution au centre. Le roi François Ier, dans un second temps, étend le château d’un quadrilatère et abandonnant le canton [le quart] nord, installe ses appartements (plus vastes) dans l’aile nord. Une chapelle est construite dans l’aile occidentale, dont l’entrée ouvre plein est. Elle fut achevée par Jean le Humble sous le règne de François Ier. Cette position de la chapelle est rare pour l’époque : car si le roi avait voulu se placer en direction de Jérusalem, pour montrer qu’il est le détenteur du pouvoir spirituel dans son royaume, il se serait installé dans la partie est. Or c’est là qu’il logea Charles-Quint en décembre 1539.

Pour les raisons énoncées plus haut, il est probable que l’escalier à double révolution [ou double vis] placé au centre de l’édifice, soit de Léonard de Vinci ou en tout cas inspiré de ses croquis. Comme son nom l’indique, il comporte deux volées d’escaliers suivant un schéma de double hélice, à la manière des deux troncs enlacés qui représentent l’arbre de vie au Moyen Âge. Deux personnes qui empruntent chacun une volée de marches peuvent s’apercevoir par les ouvertures, mais ne peuvent se rencontrer. À chaque étage, l’escalier se déploie en quatre vestibules formant une croix. À son sommet, il donne accès à la grande terrasse – elle aussi inspirée par Léonard – qui fait le tour du donjon et offre une vue sur les cheminées monumentales. Cet escalier est surmonté d’une tour-lanterne bien reconnaissable de l’extérieur, évoquant le clocher d’une chapelle.

Le deuxième étage est également remarquable par ses quatre salles qui gardent encore quelque trace de l’or et de la peinture dont elles étaient revêtues. Ces salles comportent chacune 80 caissons sculptés qui alternent les symboles royaux : salamandre parfois entourées de semis de flammes en forme de lys, et monogramme « F » couronné, accompagné d’une cordelette nouée représentant des 8 formés par le nœud en « lacs d’amour », emblème de sa mère, Louise de Savoie. Certains monogrammes de l’escalier à hauteur des terrasses sont tracés à l’envers de manière que Dieu du haut du ciel voie la puissance du Roi. Les salamandres de Chambord illustrent la devise de François 1ernutrisco et extinguo (Je me nourris du bon feu et j’éteins le mauvais feu).

Arrivé sur la terrasse, le visiteur peut remarquer que l’escalier est surmonté d’une tour-lanterne, elle s’élève à 32 mètres et surmonte toutes les cheminées de Chambord. Son sommet est coiffé d’une fleur de lys (symbole de la monarchie française). Les terrasses sont encadrées de tourelles et de lucarnes parées de marqueterie de tuffeau et d’ardoise. Les tours, tourelles, clochetons, cheminées et lucarnes sont ornées de médaillons, losanges, carrés, demi-cercles et triangles en ardoise qui évoquent les incrustations de marbre noir de la Chartreuse de Pavie où François Ier fut prisonnier.

La principale pierre de construction utilisée au château de Chambord est le tuffeau blanc, calcaire tendre réputé comme pierre de construction et de sculpture mais à forte porosité. Il est soumis à de nombreuses altérations, notamment la desquamation en plaques due à la formation de gypse principalement en raison de la combustion du pétrole et du charbon à la fin xixe siècle. Des chantiers de restauration relatifs au tuffeau du château sont ainsi régulièrement lancés. Les pierres de remplacement utilisées proviennent de carrières près de Valençay qui produisent un tuffeau dont les caractéristiques (grain fin, couleur) sont jugées les plus proches de la pierre d’origine.

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Histoire

Moyen Âge

Chambord accueille un château dès la fin du Haut Moyen Âge au xe siècle. Il s’agit alors d’un château fortifié destiné aux comtes de BloisThibault VI et sa veuve y signent des chartes à la fin du xiie et au début du xiiie siècle.

Comme l’ensemble des possessions des Comtes de Blois, le château de Chambord passe de la maison de Châtillon, à celle des ducs d’Orléans en 1397, avant d’être rattaché à la couronne de France lorsque Louis d’Orléans devint Louis XII de France en 1498, le petit château fort étant déjà à cette époque une maison de plaisance et de chasse.

Époque moderne

xvie siècle, début des travaux. Le vœu de François Ier

En 1516, François Ier, roi de France depuis 1515, auréolé de sa victoire à Marignan, décide la construction d’un palais à sa gloire, à l’orée de la forêt giboyeuse de Chambord. Le désir du roi est de réaliser une ville nouvelle à Romorantin, et à Chambord un grand édifice dans le style néoplatonicien. Le projet se nourrit de l’humanisme d’Alberti, qui a défini les principes de l’architecture Renaissance, dans son traité De re aedificatoria, inspiré de l’architecte romain Vitruve. Il repose sur la géométrie, les rapports mathématiques et la régularité.

Le  est l’acte de naissance de Chambord lorsque François Ier donne commission à François de Pontbriand, son chambellan, d’ordonner toutes les dépenses qu’il y aurait à faire pour la construction du château. Dès lors s’ouvre sur le site de Chambord le chantier d’une immense création architecturale, qui doit initialement servir non pas d’une résidence permanente, mais d’un nouveau château de chasse en annexe du château de Blois et que le roi n’habitera que 42 jours en 32 ans de règne : le projet primitif ne présente qu’un château-donjon accolé au milieu d’un des grands côtés d’une enceinte rectangulaire, le donjon étant un corps cantonné sur tous les étages de quatre tours rondes et à chaque étage cantonné de quatre salles formant une croix. Cette nouvelle « merveille du monde » est destinée à immortaliser son constructeur, François Ier, le « prince architecte ». Les archives sur la genèse du plan de Chambord ne sont pas conservées, mais il est probable que Léonard de Vinci, installé à Amboise à la fin de l’année 1516, y fut associé, ainsi que l’architecte Domenico Bernabei da Cortona dit Boccador.

Les travaux débutent par la destruction de plusieurs bâtiments, dont l’ancien château des comtes de Blois et l’église du village, et par la réalisation des fondations du donjon carré flanqué de quatre tours ; unique bâtiment prévu à l’origine. Interrompu entre 1525 et 1526, période des catastrophes que sont la défaite de Pavie et l’incarcération du roi à Madrid, le chantier reprend à partir de 1526. Le roi modifie son projet par l’adjonction de deux ailes latérales au donjon primitif, dont l’une doit accueillir son logis. 1 800 ouvriers auraient travaillé à la construction du château dont le plan a été simplifié : l’escalier central passant de 4 à 2 volées, et les rues centrales initialement ouvertes, refermées (comme l’architecte Félibien et l’historien Bernier vont le recueillir, lors de leur enquête en 1680 dans le Blaisois, et comme le confirment les analyses archéologiques en cours). Plusieurs maîtres-maçons se succèdent ou travaillent simultanément, par exemple Jacques SourdeauPierre Nepveu et Denis Sourdeau.

Le donjon est achevé lorsque l’empereur du Saint-Empire romain germaniqueCharles Quint, grand rival du roi de France, est accueilli à Chambord par François Ier, dans la nuit du 18 au , alors qu’il quitte l’Espagne pour Gand, sa ville natale, qu’il veut châtier d’avoir refusé sa contribution aux frais de guerre. Le cortège est reçu par des ballets et des jonchées de fleurs dans un somptueux décor de tapisseries.

L’aile royale à la pointe Nord de l’enceinte du château est achevée en 1544. Une galerie extérieure portée sur des arcades et un escalier à vis sont ajoutés vers 1545, tandis que se poursuivent les travaux de l’aile symétrique (aile de la chapelle), et d’une enceinte basse fermant au sud la cour, à la manière d’une forteresse médiévale, comme au château de Vincennes.

François Ier meurt en 1547. Le roi a finalement passé très peu de temps à Chambord (72 nuits au total en 32 ans de règne). Il a pris l’habitude de disparaître en forêt pour y chasser en compagnie d’un petit groupe d’intimes – composé de beaucoup de dames – que les contemporains appellent la « petite bande » du roi.

Les travaux de l’aile de la chapelle se poursuivent sous le règne d’Henri II, mais ils sont interrompus par sa mort en 1559. Le traité de Chambord est signé en 1552 au château entre le roi et des princes allemands s’opposant à Charles Quint.

La période qui suit ne bénéficie pas au château. Les séjours royaux se raréfient pendant une centaine d’années, alors que l’édifice continue de susciter l’admiration de ses visiteurs. Des travaux de consolidation sont réalisés en 1566 sous le règne de Charles IX, mais Chambord se révèle trop éloigné des lieux de séjours habituels de la Cour et semble promis à une lente disparition. Henri III, puis Henri IV, n’y résident pas et n’y entreprennent pas de travaux.

xviie siècle, l’achèvement du projet de François Ier

Louis XIII ne se rend que deux fois à Chambord. La première fois en 1614, à l’âge de treize ans. Puis en 1616, alors qu’il rentre de Bordeaux avec la nouvelle reine Anne d’Autriche.

À partir de 1639, le château est occupé par le frère du roi exilé dans le Blaisois. Gaston d’Orléans avait reçu en apanage le comté de Blois en 1626. Ce dernier y entreprend des travaux de restauration entre 1639 et 1642, notamment l’aménagement d’un appartement, des aménagements dans le parc et des travaux d’assainissement des marais alentour. Mais la chapelle demeure toujours sans toiture à cette époque.

Il faut attendre l’avènement de Louis XIV pour que soit achevé le projet de François Ier. Le Roi-Soleil comprend le symbole que représente Chambord, manifestation du pouvoir royal, dans la pierre et dans le temps. Il confie les travaux à l’architecte Jules Hardouin-Mansart, qui, entre 1680 et 1686, achève l’aile ouest, la toiture de la chapelle (la plus grande pièce du château), ainsi que l’enceinte basse, qui est couverte d’un comble brisé destiné aux logements du personnel.

Louis XIV fait neuf séjours au château, le premier en 1650 et le dernier en 1685. Le Roi se rend parfois à Chambord accompagné par la troupe de Molière qui y joue devant lui deux comédies-ballets accompagné de musiques de Jean-Baptiste Lully et de chorégraphies de Pierre Beauchamps : Monsieur de Pourceaugnac est joué le  et Le Bourgeois gentilhomme le  à l’occasion de la venue en France d’une ambassade turque.

Louis XIV fait aménager, au premier étage du donjon, le long de la façade nord-ouest donnant sur le parc, un appartement, comprenant une antichambre, un salon des nobles et une chambre de parade. À cet effet, deux logis du plan initial sont réunis par l’adjonction du vestibule nord-ouest, qui est fermé du côté du grand escalier.

Il réside à Chambord en présence de Madame de Maintenon en 1685, mais les séjours de la cour se font rares depuis qu’elle s’est fixée à Versailles.

Le règne de Louis XIV voit également la création d’un parterre devant la façade Nord ainsi que le canal du Cosson.

xviiie siècle, hôtes de marque et gouverneurs

Le , le roi d’Espagne Philippe V effectue une visite au château en compagnie des ducs de Berry et de Bourgogne.

Le roi Louis XV, dispose du château pour y loger son beau-père Stanislas Leszczyńskiroi de Pologne en exil, entre 1725 et 1733. En 1729 et 1730, au moins, le compositeur Louis Homet, alors en place à Orléans, est à son service en tant que maître de musique. Le , le roi de Pologne et sa femme quittent l’inconfortable château de Chambord pour gagner les duchés de Lorraine et de Bar, qu’ils ont reçus à titre viager.

Le château reste inhabité pendant 12 ans, puis le , Louis XV en fait don au maréchal de Saxe qui en devient gouverneur à vie, avec 40.000 livres de revenus. Il y fait notamment construire des casernes pour son régiment. Il y réside à partir de 1748 et y meurt le .

La nécessité d’apporter confort et chaleur à l’édifice pousse ces différents occupants à meubler de façon permanente le château et à aménager les appartements avec des boiseries, faux plafonds, petits cabinets et poêles.

Après la mort de Maurice de Saxe en 1750, le château ne fut plus habité que par ses gouverneurs. August Heinrich von Friesen (1727-1755) neveu du maréchal de Saxe, meurt au château le 29 mars 1755, puis se succédèrent le marquis de Saumery jusqu’en 1779, puis le marquis de Polignac, chassé par la Révolution en 1790.

À la Révolution française, les habitants des villages limitrophes se livrent à un saccage du domaine. Les grands animaux sont décimés, les arbres coupés ou ravagés par le pacage des troupeaux. Les dévastations sont telles qu’un détachement du Régiment Royal-Cravates cavalerie est envoyé pour faire arrêter les pillages en mai 1790 puis un détachement du 32e régiment d’infanterie en 1791, pour rétablir un semblant d’ordre. Entre octobre et novembre 1792, le gouvernement révolutionnaire fait vendre le mobilier qui n’a pas été volé, les enchères s’accompagnant de pillages nocturnes. Les fenêtres et les portes sont arrachées ainsi que les plombs ornant les combles du donjon. Un état des lieux dressé le 29 prairial an IV, () confirme le désastre, mais le monument échappe à la destruction.

Époque contemporaine

xixe siècle, une demeure privée

Le 13 messidoran X (2 juillet 1802), le premier consul Napoléon Bonaparte attribue le château à la quinzième cohorte de la Légion d’honneur, mais ce n’est que deux ans plus tard que le général Augereau visite finalement le château dévasté par les pilleurs, et dans un état de délabrement avancé. Il fait fermer les portes du parc et réparer l’enceinte et sauve le domaine, en dépit des protestations de la population.

Sous le Premier Empire, l’empereur Napoléon Ier décide de créer au château une maison d’éducation pour les filles des titulaires de la Légion d’honneur, en 1805, mais cette décision reste sans suite. Le château est soustrait à la Légion d’honneur et réuni à la couronne, avant d’être rebaptisé « principauté de Wagram » et donné le 15 août 1809 au maréchal Louis-Alexandre Berthier, prince de Neuchâtel et Wagram, en récompense de ses services, avec une rente de 500 000 francs. Berthier ne vint qu’une fois à Chambord en 1810, pour une partie de chasse. À sa mort en 1815, le château est mis sous séquestre avant d’être mis en vente en 1820 par sa veuve Élisabeth de Bavière, incapable de faire face aux dépenses.

En 1821, le domaine de Chambord est acquis par une souscription nationale, pour être offert au petit-neveu de Louis XVIII, le jeune Henri d’Artois, duc de Bordeaux, né l’année précédente, sept mois après l’assassinat de son père, le duc de Berry. À la chute de Charles X, son petit-fils le prince Henri (qui deviendra en 1844 le chef de la branche aînée des Bourbons) reçoit pour l’exil le titre de courtoisie de comte de Chambord (tandis que son grand-père et son oncle prennent ceux de comte de Ponthieu et de comte de Marnes). Les régimes successifs de la monarchie de Juillet, puis du Second Empire, le tiennent éloigné du pouvoir et de la France. Mais à distance le prince est attentif à l’entretien de son château et de son parc. Il fait administrer le domaine par un régisseur et il finance de très importantes campagnes de travaux ; restauration des bâtiments et travaux d’aménagement du parc de chasse. Le château est officiellement ouvert au public. Pendant la guerre de 1870 il sert d’hôpital de campagne, et en 1871 le comte de Chambord y réside très brièvement. C’est depuis le château qu’il publie un manifeste aux Français, appelant à la restauration de la monarchie et du drapeau blanc. À sa mort en 1883, le château passe par héritage aux princes de Bourbon de Parme ses neveux : Robert Ier (1848-1907), duc détrôné de Parme et de Plaisance, et son frère Henri de Bourbon-Parme (1851-1905), comte de Bardi. À la mort de Robert de Parme en 1907, il se transmet dans sa descendance à son troisième fils Élie de Bourbon (1880-1959), qui deviendra duc de Parme et de Plaisance en 1950.

xxe siècle, le domaine national de Chambord

Mis sous séquestre pendant la Première Guerre mondiale, le domaine de Chambord est acheté onze millions de francs-or le , par l’État français au prince Élie de Bourbon (frère du « duc de Parme » Henri de Bourbon). C’est à cette époque que le toit mansardé qui couvrait l’enceinte basse du château, datant du règne de Louis XIV, est supprimé. L’État français justifiant ce choix par un souci de présenter l’ensemble des bâtiments dans son état le plus proche de la Renaissance. La gestion et l’exploitation est partagée entre l’administration des domaines, les Eaux et forêts, et les monuments historiques. Cette décision est entérinée après la Seconde Guerre mondiale le .

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, le château devient le centre de triage des trésors des musées nationaux de Paris et du Nord de la France, qu’il faut évacuer et protéger des bombardements allemands. Des conservateurs et des gardiens montent alors la garde pour défendre certaines œuvres du Musée du Louvre entreposées dans le château. Certaines comme la Joconde ne restent que quelques mois, mais d’autres demeurent à Chambord pendant toute la durée de la guerre. Ainsi, dès le , la Joconde part pour Chambord, accompagnée de 50 autres tableaux exceptionnels. Ce sont bientôt 37 convois, et 3 690 tableaux qui quittent ainsi le Louvre pour Chambord, puis vers des refuges situés plus au sud, tel le château de Saint-Blancard (Gers) où furent entreposées des œuvres du Département des antiquités égyptiennes.

Après avoir échappé de peu aux bombardements, au crash d’un bombardier B-24 américain en 1944, et à un incendie, le  qui réduit en cendres les combles du canton sud, c’est avec le rapatriement progressif des œuvres du Louvre vers Paris, en 1947 que commence une grande remise à niveau de près de trente ans, menée dès 1950 sous la direction de l’architecte Michel Ranjard puis par Pierre Lebouteux, à partir de 1974. Une balustrade en pierre est créée à l’attique de l’enceinte basse du château, à partir de 1950.

Les combles sont reconstruits entre 1950 et 1952, la tour de la chapelle restaurée entre 1957 et 1960, ainsi que le logis de François Ier en 1960 et les offices en 1962. Dans le parc, le canal est de nouveau creusé en 1972 et les fausses braies dégagées.

En 1981, le domaine est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les travaux recommencèrent en 1998, sous la direction de Patrick Ponsot, pour la réfection des terrasses, des balustrades des donjons ainsi que de l’aile antérieure des offices.

Des spectacles dits Son et lumières se déroulent au domaine depuis le 30 mai 1952.

xxie siècle

Au début du mois de juin 2016, une crue importante du Cosson inonde les parterres nord et la cour royale du château. Le château est fermé aux visiteurs pendant une semaine.

De août 2016 à mars 2017 sont reconstitués les jardins à la française. Commandés par Louis XIV et achevés sous le règne de Louis XV, ces jardins ont existé pendant plus de deux siècles avant de disparaître progressivement. Intégralement restitués en 2017, grâce au mécénat de 3,5 millions d’euros de l’américain Stephen A. Schwarzman, fondateur du fonds d’investissement Blackstone, ils occupent six hectares et demi au nord et à l’est du château.