Château de Keriolet 2/8

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La salle des Gardes

La salle des Gardes était la salle de bal où la princesse organisait de grandes réceptions. La cheminée (classée) est en pierre de Kersanton, un granit volcanique au grain très fin qui se prête volontiers à la sculpture. Au dessus de la cheminée trône un chevalier représentant le comte et derrière lui son arbre généalogique qui le relie à la fine fleur de l’aristocratie française. Sur les murs exposés au nord, quatre vitraux représentent le comte dans différentes situations.

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Château de Keriolet 1/8

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Le château de Kériolet est un château néo-gothique situé à proximité de Beuzec-Conq dans la commune française de Concarneau, dans le Finistère.

Cette demeure privée est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du  pour ses façades et toitures, ainsi que sa salle des gardes avec sa cheminée et ses vitraux.

Un château breton

Keriolet apparaît dans les textes pour la première fois en 1481. Y réside Jean Trévaré, comptable ducal à Concarneau lors des travaux de restauration des remparts. Lui succéderont, au xviie siècle, Jean de Kerguen, notaire à la cour de Conq ; en 1752, l’ancien maire Jean-Pierre Billette.

À la fin des années 1850, sous le Second Empire, le champenois Charles (ou Henri ?) Chauveau, capitaine d’artillerie territoriale et « courrier diplomatique », chargé de transporter valises et dépêches entre le ministère des Affaires étrangères et l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg, rencontra la princesse russe Zénaïde Youssoupoff, née Narychkine, immensément riche et veuve.

Elle s’éprend de lui et veut l’épouser; devant le scandale, le tsar Alexandre II y consent, mais exile la princesse et pose des conditions; Chauveau est fait comte romain et devient le comte Chauveau; plus tard il s’appropria ou releva les nom et armes (« d’azur à un léopard d’or chargé de trois étoiles de gueules ») d’une famille éteinte de la région nantaise, celle des Chauveau de La Mulonnière, anoblie en 1663 (Historama de novembre 1976); il est fait marquis de Serres.

La nouvelle position sociale du comte Chauveau lui permet alors d’ambitionner une carrière politique; or, un siège de conseiller général se libère à Concarneau, dans le Sud-Finistère.

Afin de pouvoir se présenter aux élections, le jeune candidat doit acquérir une résidence dans la circonscription qu’il convoite, ce qui lui fait chercher une propriété; élu en 1860 et achète personnellement en 1861 le domaine de Kériolet, en Beuzec-Conq (la commune sera rattachée à Concarneau en 1945).

Remontant au xvie siècle, le manoir, bâtisse relativement modeste, est une ancienne propriété des Kériollet, des Trédern, des Kersalaun. Le manoir du Moros, domaine voisin et ancienne propriété d’Abraham Duquesne, est également acheté par le couple et remanié, dans des proportions bien plus modestes que Kériolet. Sous la direction de l’architecte Joseph Bigot, la reconstruction s’étale sur 20 ans, et le montant des travaux approche 1,5 million de francs-or.

Le « nouveau » château de Kériolet se réfère au château de Blois (statue équestre en bas-relief de Louis XII sur la façade), au château de Rustéphan(tourelle-escalier), au prieuré de Locamand (portail d’entrée). Sur l’aile sud, on peut voir, sculptées, les couronnes de comte et de marquis, des fleurs de lys, des hermines de Bretagne, des étoiles d’inspiration russe, des coquilles Saint-Jacques, les lettres A (pour Anne de Bretagne) et L (pour Louis XII) accolées.

Le parc est agrémenté de statues : une Velléda, copie de celle d’Hippolyte Maindron exposée au musée du Louvre; un Vercingétorix, un Charles VIII, et une Anne de Bretagne, la bonne duchesse si chère au cœur de la princesse, une Jeanne d’Arc, un Bertrand Du Guesclin. Le parc comprend également, à proximité immédiate du château, la Tour de garde, et la Tour Marie-Jeanne (du nom de la cuisinière du comte).

Après les travaux d’extension, face à l’entrée de la chapelle aujourd’hui disparue, se trouvait un Christ sur la croix et, penché vers lui, un ange recueillait le sang coulant d’une de ses mains et de ses flancs, dans deux calices (xvie siècle). La toiture de la chapelle est alors elle-même ornée, à l’extérieur, d’anges aux trompettes, et porte à son sommet, un archange Saint-Michel terrassant le dragon. La première pierre de la chapelle a été posée en 1879. Un autel avec retable est démonté en 1900 de l’église de Névez, puis remonté dans la chapelle du château de Kériolet. Il est à nouveau déplacé en 1954 pour revenir dans l’église de Névez.

Remous et espoir à Kériolet

Le comte de Chauveau, âgé de 57 ans, décède en  à Kériolet. Charles de Chauveau avait légué le domaine à sa sœur, Madame Prieur.

Sa veuve Zénaïde racheta Kériolet et décida alors d’en faire don, avec le domaine foncier (deux ou trois fermes et des terres) et ses collections, au département du Finistère, à condition de tout laisser en l’état. Elle passa encore quelques étés dans sa résidence concarnoise, avant de s’éteindre à son tour, en 1893. Sa dépouille fut rapatriée en Russie.

Peu après, Kériolet est ouvert au public: y sont notamment exposées les toiles de Camille Bernier léguées par sa veuve au département.

Dans la deuxième moitié des années 1910, en Russie, le tsar Nicolas II est confronté à une grave crise politique, qui va déboucher en  à la fin du régime tsariste et à la Révolution russe, en . L’arrière-petit-fils de la princesse Zénaïde, le prince Félix Youssoupoff et son épouse, la princesse Irina Alexandrovna, (la nièce du tsar Nicolas II), quittent définitivement la Russie, le , à bord d’un cuirassé de la Royal Navy, le HMS Marlborough envoyé à Yalta (Crimée) par le roi George V, pour sauver ses cousins russes, membres de la famille impériale.

Bien plus tard, dans les années 1950, il engagea un procès en restitution du château pour non-respect des dispositions testamentaires de son aieule, comme le prévoit l’article 953 du Code civil, au motif que le département avait « abattu des bois, loti une partie du parc et vendu une partie du mobilier », selon un certain A.Guillemot, de Pluguffan (cf. le courrier de Historama d’août 1976, pp 31 et 32), « renseignements similaires de ceux donnés par Marcel Bluteau, de La Ville Gros ».

Après des années de procédure, le prince gagne son procès en 1956; la préfecture de Quimper récupère alors un portail du parc, aujourd’hui ornement de son jardin et le département retire logiquement ses « ajouts » aux collections primitives. Youssoupoff entre en possession de Kériolet, qui ne lui plaît pas, et très vite les collections sont dispersées et le domaine morcelé; il propose à la ville de Concarneau d’acquérir le château, les pourparlers s’éternisent. Il offre le puits des cuisines, qui fut remonté dans la Ville close de Concarneau. Le domaine se réduit en « peau de chagrin » et est finalement vendu et revendu.

En 1971 la chapelle est détruite et ses pierres récupérées pour construire une maison. Le château se dégrade inexorablement, certains éléments de décoration intérieure et du parc disparaissent lors de vols. La tempête de 1987 emporte la toiture.

Christophe Lévèque, rachète alors le château, le restaure et l’ouvre à nouveau au public. De 1997 à 2001, le château sert de résidence au festival de musique électronique Astropolis.

Abbaye de Lagrasse 1/5

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L’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse est une ancienne abbaye bénédictine située dans la commune de Lagrasse dans le département de l’Aude en région Occitanie.

Monastère du viiie siècle jusqu’à la Révolution, l’abbaye est coupée en deux lots lors de sa vente comme bien national. Ses bâtiments sont pratiquement laissés à l’abandon et très dégradés au cours du xixe siècle, mais l’abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Les premières campagnes de restauration commencent en 1932.

Sa « grande partie » est rendue à la vie monastique en 2004 lors du rachat par la communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu, tandis que la part médiévale du monastère, la « petite partie », devient propriété du département.

Histoire

Le monastère primitif, fondé à une date inconnue, est reconstruit par l’abbé Nimphibius en 779 en un lieu nommé alors « Novalius ». La nouvelle abbaye reçoit la protection de Charlemagne à partir de cette date. Son allégeance jouera un grand rôle dans le rayonnement temporel et spirituel de l’abbaye au cours du ixe siècle au xie siècle. Ses possessions s’étendent de l’Albigeois jusqu’à Saragosse. Le texte de la charte de fondation daté du  est conservé aux archives départementales de l’Aude. Un manuscrit intitulé « La légende de Philomena » de la première moitié du xiiie siècle, dont deux exemplaires en latin et deux en langue d’oc existent encore aujourd’hui, décrit la fondation du monastère, les miracles et la consécration miraculeuse de l’église.

Au cours des xiie et xiiie siècles, pendant la répression contre les Cathares, les abbés de Sainte-Marie ont un rôle d’apaisement. C’est grâce à eux que les cités de Béziers et de Carcassonne retrouvent la paix avec le roi et l’Église. Saint Louis leur en sera reconnaissant.

En 1226, Guillaume de l’Isle, abbé de l’abbaye Saint-Pons de Thomières fut nommé avec les abbés de l’abbaye de Lagrasse et de l’abbaye de Saint-Hilairepour présider au chapître général des moines noirs de la province de Narbonne, qui fut tenu dans l’abbaye de Saint-Thibéry du diocèse d’Agde. C’est pourquoi la Bulle qui est datée de Péruse le 1er juillet, dans laquelle le pape Grégoire IX confirme les statuts qui y furent faits fut adressée à ces trois abbés.

À partir du xiiie siècle jusqu’au xve siècle, l’abbaye connaît une période de déclin à cause de son excès de richesse puis de la guerre de Cent Ans. Une première réforme spirituelle est alors introduite au xiiie siècle par l’abbé Auger de Gogenx. L’église abbatiale actuelle est profondément remaniée et transformée pour se protéger des pillards et des attaques venus de l’extérieur. Des fortifications sont bâties au xive siècle.

Au xvie siècle, le premier abbé commendatairePhilippe de Lévisévêque de Mirepoix, entreprend la construction d’un grand clocher qui restera inachevé à sa mort en 1537. Au xviie siècle, la vie religieuse retrouve sa ferveur avec l’introduction à Lagrasse de la réforme de Saint-Maur en 1663.

Puis, au xviiie siècle, l’évêque de CarcassonneArmand Bazin de Bezons, devient abbé de Lagrasse. Sous son impulsion les monuments monastiques sont rénovés et enrichis d’une cour d’honneur, d’un bâtiment conventuel et d’un cloître de style classique dans un beau grès ocre flammé. Ce chantier offre à Lagrasse l’originalité d’être aujourd’hui une des rares abbayes de la région juxtaposant harmonieusement des parties médiévales et classiques. À la veille de la Révolution, l’abbaye jouit des services d’un organiste et d’un serpent chargé d’accompagner le plain-chant des moines.

En 1789, toutes les possessions de l’Église sont déclarés biens nationaux. Les derniers moines sont expulsés le 29 août 1792, malgré l’opposition des Lagrassiens. Mais cette action engendre une dégradation de l’abbaye. L’édifice est pillé et puis vendu en deux lots séparés. Ces lots sont achetés par la famille Berlioz pour la petite partie, et les familles Sarrail puis Gout de Bize pour la grande partie. Cette séparation subsiste encore de nos jours et les bâtiments ont deux entrées distinctes. Depuis 2004 la partie la plus ancienne, ou petite partie, est propriété du département de l’Aude et la grande partie celle de la communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu.

En 2014, l’abbaye remporte le « grand trophée de la plus belle restauration », organisé par Propriétés de FranceLe Figaro Magazine, la Fondation pour les monuments historiques et La Demeure historique pour la restauration du cloître. Cette restauration soutenue par l’Association pour la Sauvegarde et la Mise en Valeur de l’Abbaye de Lagrasse et la région Languedoc-Roussillon a permis le sauvetage et la rénovation du cloître du xviiie siècle. Dans la partie rendue à sa vocation religieuse le chantier suivant doit être consacré à l’église et au clocher. Dans la partie publique a débuté en 2014 la restauration des vestibules des chapelles haute et basse de la chapelle privée de l’abbé Auger de Gogenx, datant de 1296.

Les deux « vocations » des bâtiments

La grande partie

Cette partie du bâtiment sert d’hôpital militaire de 1793 à 1795 puis est transformée en fermage et en casernement de gendarmes de 1822 à 1880. En 1894, quatre religieuses de la congrégation des filles de Notre-Dame des Sept Douleurs s’y installent. Après deux ans de travaux, une maison de retraite y fut inaugurée en 1896 et parallèlement une cérémonie marqua la réouverture de l’église au culte en présence de l’évêque de Carcassonne, Mgr Billard. Faute de vocations, l’hospice des religieuses à Lagrasse ferme en 1976.

En 1979, la Communauté de la Théophanie rachète la grande partie. Elle réalise d’importants travaux d’aménagement pour loger la communauté. L’association est dissoute en 1991 et l’abbaye mise en vente.

Après quelques années d’abandon, la famille Pregizer rachète les bâtiments en 1995 et entreprend, sous la direction des monuments historiques, d’importants travaux de réhabilitation. Toutes les cloisons érigées au fil des siècles sont abattues et laissent à nouveau apparaître la splendide architecture d’origine au sein du palais abbatial. Parallèlement, l’étude préalable réalisée avec la DRAC, est l’occasion d’un travail de relevé sans précédent qui permet d’examiner pour la première fois la vue d’ensemble du monument et pose les bases d’un plan de restauration. Afin de ramener l’abbaye à sa fonction d’origine, la famille Pregizer décide de vendre le bâtiment à une communauté de chanoines sous la règle de saint Augustin.

En 2004, une communauté catholique traditionaliste, les chanoines réguliers de la Mère de Dieu, acquiert les bâtiments avec le soutien de Mgr Jacques Despierre, alors évêque de Carcassonne.

En 2017, l’église, dont le transept nord n’a plus de toit, est en restauration et une partie du chantier fait l’objet d’un Financement participatif.

La petite partie

Il s’agit de la partie médiévale en cours de restauration. Donnée aux œuvres sociales des Médaillés militaires en 1928 et transformée en orphelinat, elle est acquise par la mairie de Lagrasse en 1981. Depuis 2004 elle est propriété du conseil départemental de l’Aude qui participe à sa valorisation architecturale et l’a ouverte à la visite en 2007. Depuis le printemps 2008 un centre culturel, en partenariat avec l’association « Le Marque-Page », propose un programme annuel d’activités autour du livre, de la lecture, la littérature et la pensée.

La communauté des chanoines

La communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu a été fondée par le père Wladimir, premier père abbé de la communauté, à Gap. En 2004, elle déménage vers Lagrasse. Le 3 novembre 2006, le second abbé de la communauté, le père Emmanuel-Marie de Saint-Jean, 60e abbé de l’abbaye de Lagrasse, a reçu des mains de Mgr André Fortévêque d’Orléans, les insignes de sa charge : la crosse, la mitre et l’anneau.

La communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu est composée de religieux, en majorité des prêtres, vivant en communauté sous la règle de saint Augustin, attachés à un monastère ou à une église. Ces prêtres vouent leur vie à la liturgie et à l’apostolat. Cela donne donc un triptyque : vie commune, vie contemplative et vie apostolique.

Ces hommes vivent intégralement la réalité de la consécration communautaire et personnelle à la Vierge Marie. La vie d’un chanoine de l’abbaye se déroule alors autour de la liturgie, la contemplation, l’apostolat et les études diverses. Les chants, les prières et la messe font partie de leur vie quotidienne.

Le « Te Deum pour Lagrasse »

Les travaux de rénovation de l’abbaye ayant un coût très élevé, une jeune compositrice, Jeanne Barbey, décide de leur venir en aide en écrivant un « Te Deum ». Cette œuvre, jouée pour la première fois le  en l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile de Paris devant plus de 1 500 personnes, connaît un grand succès, et contribue ainsi à développer le rayonnement de l’abbaye en France.